NOS ORIGINES.


Une paroisse libre à Bruxelles - dans le sillage de Pierre de Locht.

L’histoire de cette « paroisse » est liée à la personnalité de Pierre de Locht.

Au lendemain de la Seconde guerre, il est nommé professeur de 3e latine à Saint-Louis, puis aumônier national de la Fédération des scouts catholiques. Il travaille aussi avec le groupe des Feuilles familiales et participe, à la demande d'anciens dirigeants de la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), à une équipe de foyers issus du milieu populaire. Jeune docteur en théologie dogmatique de l'Université catholique de Louvain (UCL), il est nommé, par les évêques de Belgique, aumônier de ce qui allait devenir en 1959 le Centre national de pastorale familiale (CNPF) dont l’objectif est de contribuer à la formation des futurs prêtres pour la préparation des fiancés au mariage et l’explication des positions de l’Eglise en matière sexualité (morale sexuelle, interdits en matière de contraception, etc.). C'est alors le temps des sessions de préparation au mariage, le lancement d'équipes de foyers, de groupes de réflexion et de spiritualité conjugale.

Mais rapidement le groupe porteur rencontre un nouveau problème : celui des séparations, des divorces et des remariages civils. Que devient la situation des personnes connaissant l'échec de leur couple ? Le CNPF devient le Centre d'Education à la Famille et à l'Amour (CEFA). D'abord accueillir ceux et celles qui se sentent jugés, rejetés parfois par leur propre famille, mais aussi, trop souvent encore par la communauté chrétienne et par l'Église. Comment aussi les soutenir et les aider à rebâtir une nouvelle vie de couple, de famille ? Pour les croyants, se pose souvent le problème de leur participation à l'Eucharistie et en particulier à la communion

Le CEFA va susciter la Fédération des centres de consultation conjugale (FBCCC), d’inspiration chrétienne, et son institut de formation de conseillers conjugaux diplômés au terme de 4 années d'études et de stage. Puis, face à la multiplication de tels centres relevant d'obédiences philosophiques ou religieuses différentes, vont se mettre en place des Centres pluralistes familiaux.

            

En plus, aux côtés de Suzanne van der Mersch, jeune veuve avec une famille nombreuse, Pierre de Locht fonde la Fraternité des Veuves "Accueil et espérance", devenue, en élargissant ses objectifs, « Infor-Veuvage". (pierredelocht_portrait.jpgsuzanne-van-der-mersch.jpg)

Vatican II, commencé en octobre 1962 s’est terminé en décembre 1965. Mais nombre de questions étaient restées en suspens et notamment touchant à la morale sexuelle des fidèles. Paul VI s'était réservé cette dernière question lors du Concile, puis il avait nommé une commission pontificale pour traiter des problèmes de natalité. Pierre de Locht en était. A noter que durant une dizaine d’années il fut responsable de la Commission « Famille » des Organisations internationales catholiques (OIC). Au sein de la commission pontificale, il faisait partie du groupe majoritaire, favorable à une contraception choisie et laissée à l'appréciation des couples, mais battue en brèche par une minorité conduite par un certain Karol Wojtyla (le futur Jean Paul II). On en connaît l'issue. Paul VI publiera en 1968 Humanae Vitae interdisant toute contraception artificielle... Le CEFA prit parti, se vit désavoué par l'épiscopat et son mandat enlevé, entraînant celui de son aumônier national. (jesus_multiplication_preservatifs.JPG)

En 1973, face au problème de l'avortement *, le CEFA prenait une position nuancée mais engagée. Sollicité par un groupe très médiatisé qui avait pris la défense du docteur Peers, P. de Locht participa à une manifestation à Namur, où il prit la parole. Mal lui en prit… La réaction de l'épiscopat ne se fit pas attendre, entraînant un procès autour de sa fonction de maître de conférence à l’Université catholique de Louvain (UCL) où il enseignait à l’institut des sciences familiales et sexologiques.

* le parlement belge, à l’initiative du sénateur Roger Lallemand avait déposé un projet de loi, dépénalisant partiellement l'avortement. Pierre de Locht fut sollicité par ce sénateur pour donner son avis.

C’était au temps où le cardinal Suenens était archevêque de Malines-Bruxelles. Pierre de Locht refusa de démissionner et resta à l’université ! Il y terminera d’ailleurs sa carrière en qualité de professeur émérite. Désavoué par sa hiérarchie, n’étant plus le porte parole officiel de celle-ci, le professeur retrouve toute sa liberté d’action !

C’est à cette date qu’il participe à la fondation de cette Paroisse libre. Dès l’origine, en 1973, c’est dans les locaux dont Suzanne van der Mersch et lui-même disposaient, rue de la Prévoyance, à Bruxelles, que se tiennent les rencontres. Au début ce fut l’engouement, avec plus de 300 personnes et des participants juchés dans les escaliers, puis les discussions se prolongeant – car il s’agit d’une nouvelle communauté voulant se gérer démocratiquement, par consensus ! –les effectifs fondirent rapidement. Enfin, en 1975, les objectifs étant précisés, des célébrations purent s’organiser. Un petit noyau persévéra et, progressivement, des personnes qui étaient parties revinrent. En février 1976, l’accord a été suffisant pour que les "Informations Paroisse Libre" publient un texte de base, définissant le projet communautaire voté par ses membres (à ce moment une vingtaine, plus de nombreux occasionnels). Aujourd’hui, la communauté compte quelques 60 membres régulier.



Une paroisse libre à Bruxelles - le témoignage d'Edith

« Est-ce que vous passez parfois par Bruxelles ? Si oui, je vous suggère une visite d'amitié à la "Paroisse Libre": fondée par Pierre de Locht (prêtre et théologien non conformiste) et 5 autres personnes, femmes et hommes de grande valeur dans les années 60. J'en fais partie depuis le début et m'en félicite.

Nous avons beaucoup innové sur le plan liturgique, en simplifiant extrêmement le rite du pain (du vrai pain, souvent festif, d'ailleurs !) et du vin et en "oubliant" les privilèges sacerdotaux au cours des années écoulées. C'est l'équipe de préparation (il y a une tournante, comportant obligatoirement hommes et femmes) qui prévoit les lectures (nous avons lu tout l'Evangile de Marc en 2 ans, et cette année, ainsi que l'année prochaine, nous lisons les Actes; à quoi nous ajoutons en 2e lecture un passage choisi du 1er Testament en rapport avec la 1ère lecture). Après ces lectures, l'assemblée (de 20 personnes ordinairement, de 40 à 50 aux grandes fêtes: Noël, la semaine sainte et Pâques) se divise en 2 sous-groupes pour s'interroger sur les textes lus à la lumière de notre vécu.

Nous pratiquons depuis longtemps le sacerdoce universel mais n'avons pas éprouvé le besoin de rompre avec l'Eglise officielle, qui a accepté jusqu'ici de nous héberger dans la cathédrale de Bruxelles à l'occasion des funérailles de deux de nos fondateurs : Pierre de Locht et Suzanne van der Mersch.

Si vous (et les lecteurs/trices de ce bulletin) êtes de passage à Bruxelles, de septembre à juin, et que vous ayez envie de participer à notre liturgie (le 2e et le 4e dimanche du mois de 18h15 à 20h), prévenez-moi pour que je vous donne l'adresse et avertisse notre petite communauté qui se fera une joie de vous accueillir. Je vous souhaite un très bon été. Edith Kuropatwa, veuve de Louis Fèvre. »

Puis, dans un second message : « Je réponds volontiers à vos questions: le nom "Paroisse libre" est apparu dès le début de notre aventure et signifie probablement que nous prenons du champ par rapport aux paroisses traditionnelles.

Nous nous réunissons dans une salle privée : jusqu'ici, c'était dans la maison de Pierre de Locht et de Suzanne van der Mersch ; Pierre est décédé, il y a 3 ans et Suzanne, il y a un an. La maison va être vendue ... nous avons cherché un autre lieu d'accueil : nous avons trouvé une salle au rez-de-chaussée d'un immeuble appartenant aux Pères Jésuites de Bruxelles qui nous la louent volontiers pour un prix très raisonnable. Elle est située au rez-de-chaussée et il y a pas mal de possibilités de parking à proximité (ce qui réjouit une de nos membres, handicapée, qui n'arrivait plus à monter les escaliers, rue de la Prévoyance!). Il y a aussi une station de métro pas trop loin.

Il y a eu plusieurs autres théologiens au début de l’aventure : Paul Tihon S.J. (toujours présent aujourd'hui), Robert van der Gucht (aujourd'hui décédé), Claude Florival et Albert Bastenier (qui n'en font plus partie aujourd'hui). Louis Fèvre a rejoint le groupe plus tard. Moi, j'y fus dès le début en tant que membre ; je ne suis pas théologienne *"

* Edith Kuropatwa participe activement à l’équipe de coordination du Réseau Résistance (fondé en 1995 à la suite de l’éviction de Mgr Jacques Gaillot), à la fédération belge des mouvements catholiques réformateurs « Pour un autre visage de l’Eglise et de la société » (PAVES), dont fait partie ce réseau, enfin au niveau européen au réseau à majorité catholique « Eglises et Libertés » (lequel comprend quelques membres protestants).

Il s’agit en fait d’une communauté chrétienne de base (CCB) qui pratique des célébrations eucharistiques, deux fois par mois *, adaptées à des catholiques soucieux de retrouver une liturgie plus en adéquation avec la participation des laïcs et des femmes, et avec des prises de positions plus engagées sur les questions de sociétés et plus ouvertes sur les questions de mœurs.

* le 2e et le 4e dimanche du mois de 18h15 à 20h

L’originalité est que, dès sa fondation, ses organisateurs adoptèrent le terme de « Paroisse libre » ! Ceci pour se distinguer vis-à-vis des paroisses habituelles, pour bien montrer son indépendance par rapport à la hiérarchie, et que cette nouvelle communauté n’est en aucun cas un appendice ou un groupe interne à une paroisse déjà existante. Cette appellation claque comme un drapeau d’autonomie. Elle est significative de ce que j’ai appelé un catholicisme alternatif (lien), c’est-à-dire non dissident mais entendant « faire Eglise » en tant que communauté volontairement reliée au reste de l’Eglise, respectueux de la hiérarchie mais affirmant une liberté de pensée et agissant comme cellule autonome (pour une définition du catholicisme alternatif, voir notre article "Pourquoi pas un catholicisme alternatif" dans nos Actualités unitariennes du 19 janvier 2010).

Paradoxalement, elle rejoint par certains aspect les paroisses "personnelles" dont le motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI évoque la possibilité, en accordant pour les évêques le droit « d’ériger une paroisse personnelle (…) pour les célébrations selon la forme ancienne du rite romain ». En effet, les paroisses sont généralement constituées sur une base territoriale rassemblant les fidèles qui vivent sur un territoire donné ; mais le code de droit canonique (canon 518) permet aux évêques de constituer des paroisses déterminées par des critères différents : « le rite, la langue, la nationalité de fidèles d’un territoire, et encore pour tout autre motif ».

Ces paroisses sont dites « personnelles », car constituées non plus sur la base d’un territoire, mais des personnes qui s’y rattachent. Elles fonctionnent de la même manière que les paroisses territoriales. En France, il existerait actuellement trois paroisses de ce type pour les fidèles attachés au missel tridentin, à Bordeaux, Strasbourg et Toulon. (informations données dans un article publié le 13-09-2007 sur le site www.la-croix.com).

Bien entendu, le public ciblé n’est pas le même puisque, dans le cas de la Paroisse libre de Bruxelles, il s’agit d’une mouvance catholique progressiste, mais la base juridique, ironie de l’histoire, pourrait être pratiquement la même !


Quelques références bibliographiques :

« Bruxelles : Paroisse libre et libres-penseurs. Un vrai dialogue catholaïque », par Christian Laporte, le mercredi 14 octobre 1998 ( lien).

« Pierre de Locht », hommage du site « calepin de pierre » lors de son décès ( lien), par Pierre Kubick, le 13 mars 2007

« Pierre de Locht à la Paroisse Libre », par Louis Fèvre (du Réseau Résistances) et Jean Debelle (des Communautés de base), publié dans Bulletin PAVÉS n°11 (juin, 2007), lien

« Pierre de Locht et la pastorale familiale » par René Dardenne (Sonalux), publié dans Bulletin PAVÉS n°11 (juin, 2007), lien,



BRUXELLES Paroisse libre et libres-penseurs - Un vrai dialogue catholaïque.

BRUXELLES Paroisse libre et libres-penseurs Un vrai dialogue catholaïque.

Depuis de nombreuses années, la Paroisse libre, installée à la rue de la Prévoyance, organise des cycles de conférences sur les thèmes interpellants de l'actualité. Ce n'est pas une paroisse au sens traditionnel du terme, mais plutôt un lieu où des chrétiens de la marge peuvent développer une ré -flexion «alternative» dans la ligne de «La foi décantée» du chanoine Pierre de Locht, qui fut l'un de ses promoteurs...

L'homme, qui n'est pas en odeur de sainteté auprès de la hiérarchie ecclésiale, notamment pour ses positions en matière de morale sexuelle, est aussi connu comme «jeteur de ponts» avec le monde laïque, n'ayant pas hésité, par exemple, à participer aux Etats généraux de la laïcité fin 1986.

Voilà qu'il franchit une nouvelle étape en mettant sur pied des «soirées-débats en dialogue», qui réuniront sur un même thème deux conférenciers, l'un chrétien, l'autre non. Le programme de la première saison,qui débutera le 17 novembre, réunira des personnalités aussi diverses que les théologiens Paul Tihon et Pierre de Locht, les sociologues Madeleine Moulin et Liliane Voyé, la philosophe Mylène Baum, l'anthropologue Paul Jespers, le psychiatre Claude Bloch, le juriste Christian Panier, etc. Avec un menu où il sera question de la franc-maçonnerie, des richesses et dérives du sacré, de l'éthique et du droit... Ces rencontres auront chaque fois lieu à l'espace Rabin du centre communautaire laïc juif, 52, rue Hôtel des Monnaies.

CHRISTIAN LAPORTE  Mercredi 14 octobre 1998


Pierre de Locht et la Pastorale familiale.

Un terrain en friche.

Au sortir de la guerre, Pierre de Locht, jeune docteur en théologie dogmatique de l'U.C.L. n'était guère préparé par ses études à prendre un jour en charge ce qui allait devenir en 1959 le C.N.P.F. – Centre National de Pas-torale Familiale – et en être nommé l'aumônier par les évêques de Belgique.

Il allait d'ailleurs être nommé professeur de 3e latine à St-Louis puis aumônier national de la Fédération des Scouts Catholiques. Fort heureusement, durant toutes ces années, il avait été invité à travailler avec le groupe des Feuilles Familiales et à participer, à la demande d'anciens dirigeants de la J.O.C., à une équipe de foyers issus du milieu populaire.

Pour le reste, tout un travail restait à faire. Qu'avait-on enseigné aux futurs prêtres qui allaient recevoir des fiancés pour préparer leur mariage religieux sinon, bien sûr, de leur parler de l'amour conjugal, de leurs devoirs d'époux et de parents en leur rappelant notamment les règles morales en matière de sexualité et les interdits en matière de con­traception ?

Mise en place du C.N.P.F.

C'est alors le temps des sessions de préparation au mariage, le lancement d'équipes de foyers, de groupes de réflexion et de spiritualité conjugale.

Rapidement le groupe porteur rencontre un nouveau problème : celui des séparations, des divorces et des remariages civils. Que devient la situation des personnes connaissant l'échec de leur couple ? Deux pistes de réflexion et d'action sont travaillées par ce qui est devenu entre temps le CEFA (Centre d'Education à la Famille et à l'Amour).

D'abord accueillir ceux et celles qui se sentent jugés, rejetés parfois par leur propre famille mais aussi, trop souvent encore par la communauté chrétienne et par l'Église. Comment aussi les soutenir et les aider à rebâtir une nouvelle vie de couple, de famille ? Pour les croyants, se pose souvent le problème de leur participation à l'Eucharistie et en particulier à la communion.3

Pierre de Locht va poursuivre sa réflexion d'ordre moral. Pour lui des mots à résonance évan­gélique comme contestation, transgression retrouvent un sens positif au nom-même de la morale. La communion n'est pas réservée aux purs, elle n'est pas une récompense pour ceux qui sont "en règle"…

Dans le même temps, il faut aussi pouvoir rencontrer des personnes "compétentes" pour aider à résoudre les problèmes concrets qui se posent lors des séparations et des divorces. Le CEFA va mettre en route un organe : la FBCCC (Fédération des Centres de Consultation Conjugale) et son institut de formation de conseillers conjugaux diplômés au terme de 4 années d'études et de stage. Puis, face à la multiplication de tels centres relevant d'obédiences philosophiques ou religieuses différentes, vont se mettre en place des Centres pluralistes familiaux. Là aussi, on trouvera à leur lancement Pierre de Locht.

Autre situation. Quand la mort vient frapper un des époux, un père, une mère de famille, des enfants, elle les laisse désemparés, spécialement les épouses. Là encore, elles trou­veront Pierre de Locht aux côtés de Suzanne van der Mersch, jeune veuve avec une famille nombreuse. Ensemble, ils vont fonder la Fraternité des Veuves "Accueil et espérance", des groupes qui, depuis plus de 50 ans, continuent d'apporter un soutien précieux, une amitié pour passer le cap et se reconstruire. Aujourd'hui la Fraternité des Veuves a élargi son audience en devenant "Infor-Veuvage".

Un tournant et un désaveu.

Bien vite les choses s'enveniment lorsque sont soulevées des questions touchant à la fécondité, à la régulation des naissances, à la contraception et particulièrement aux méthodes contraceptives. Paul VI s'était réservé cette dernière question lors du Concile, puis il avait nommé une commission pontificale pour traiter de ce sujet. Pierre de Locht en était. Il faisait partie du grou­pe majoritaire, favorable à une contraception choisie et laissée à l'appréciation des couples, mais battue en brèche par une minorité conduite par un certain Karol Wojtyla. On en connaît l'issue. Paul VI publiera en 1968 Humanae Vitae interdisant toute contraception artificielle... Le CEFA prit parti, se vit désavoué par l'épiscopat et son mandat enlevé, entraînant celui de son aumônier national.

En 1973, face au problème de l'avortement, le CEFA prenait une position nuancée mais engagée. Sollicité par un groupe très médiatisé qui avait pris la défense du docteur Peers, P. de Locht participa à une manifestation à Namur, où il prit la parole. Mal lui en prit… La réaction de l'épiscopat ne se fit pas attendre, entraînant un procès autour de sa fonction de professeur à l’UCL : Pierre refusait de démissionner, et finalement la Justice lui donnait raison…

Ultime étape.

"À quelque chose, malheur est bon", dit-on ! Ne se sentant plus porte parole officiel de la hiérarchie catholique, Pierre de Locht retrouve une liberté de parole qui le conduit à entrer tou­jours plus en dialogue avec les agnostiques, les incroyants, le monde de la libre pensée. À titre d'exemple, les débats avec Paul Damblon, Jacques Sojcher, la collaboration étroite avec Roger Lallemand, à l'occasion notamment de la préparation du projet de loi sur l'avortement. En témoigne l'intervention élogieuse de ce dernier aux funérailles de Pierre. On le retrouve dans des comités d'éthique et de bio-éthique où, comme chrétien, il apporte une réflexion d'une profonde humanité et d'une grande compétence. L'Église hiérarchique le laissant dans l'ombre, c'est via des groupes de prêtres et de laïcs engagés qu'il reste sollicité. Combien parmi eux l'accueilleront, particulièrement dans le diocèse de Namur où domine la pensée unique, pour des colloques, des conférences, des sessions de réflexion jusqu'à ses derniers jours.

Au terme de ce parcours, celui qui signe cet article après avoir travaillé et combattu durant une quarantaine d'années aux côtés de Pierre de Locht emporte une conviction person­nelle intime. Sans jamais avoir encouragé, soutenu ni surtout approuvé le travail de Pierre de Locht, une partie de la hiérarchie de l'Église catholique belge, a dû, secrètement, se réjouir d'avoir trouvé en lui un homme qui a offert le visage d'un humaniste, d'un croyant, d'un prêtre, d'un théologien, au nom de l'authentique liberté de conscience dans le monde pluraliste qui est le nôtre aujourd'hui. Pour tout cela, merci Pierre.

René Dardenne Publié dans Bulletin PAVÉS n°11 (6/2007)