Points marquants.


 

La Paroisse Libre  : un temps pour faire le point

Le document qui suit est le fruit d’un travail commun de Suzanne Daws et de Paul Tihon. Suzanne s’est chargée principalement de la partie historique, et Paul de la reprise de quelques points qu’ils ont jugé utile de souligner. Le contenu a été présenté oralement à l’assemblée lors de la rencontre du 9 février 2014.

Première partie  :

Quelques aspects marquants de notre histoire

Suzanne Daws

Les débuts

Quelques années après la fin du Concile, en 1971, un groupe de personnes issu de «  Présence et Témoignage  » mène une recherche sur les communautés de base et plus particulièrement sur la constitution d’une «  paroisse libre  ».

Au cours de l’année 1972, une dizaine de personnes se réunissent pour préciser ce projet et définir les priorités de départ  : pas de rupture avec les institutions ecclésiales, mais une recherche de foi, avec un engagement dans la vie concrète et la célébration communautaire de cette foi vécue.

En faisaient partie  : Suzanne van der Mersch, Pierre de Locht, Albert Bastenier, Olivier du Roy, Philippe et Marie Muraille, Claude Florival, Fonny Jezierski et probablement encore d’autres personnes …

Le premier rassemblement de la Paroisse Libre a eu lieu à Pâques 1973. On comptait sur quelques dizaines de personnes et nous nous sommes retrouvés à 350  : un article avait paru dans la Libre Belgique, suspectant Pierre de Locht de faire des célébrations «  pas très catholiques  ». Il faut se rappeler que ses ennuis avec la hiérarchie venaient de commencer. Cela a fait une publicité inattendue, il faut bien en convenir, mais où les motivations des participants étaient très inégales.

Aux dires de Pierre de Locht, «  les personnes qui ont commencé cette aventure sont parties sans plan précis, avec comme seul objectif de trouver le ressourcement de foi recherché dans le message fondateur de Jésus de Nazareth  ». La décision de ne rien baliser («  au nom de quoi aurions-nous mis des balises, dit Pierre, puisque nous voulions que seul l’Évangile nous guide  ?  ») a rapidement suscité une crise grave vers 1975, conduisant le projet au bord de la faillite. La crise était due à la présence occasionnelle de certains (surtout des clercs) qui venaient tout contester, dans leur besoin de dégorger leur rancœur à l’égard de l’institution-Église.

Vu le nombre important de personnes, dès les réunions suivantes nous avons émigré à la salle Marollia, à deux pas de la rue de la Prévoyance  : on s’y sentait plus à l’aise. Le nombre des participants s’étant amenuisé assez rapidement, nous avons réintégré les locaux de la rue de la Prévoyance.

Au tout début de la Paroisse Libre chaque personne apportait son pique-nique et nous mangions après chaque célébration. Puis la pratique s’est limitée aux célébrations de Noël et de Pâques. Lorsque la fatigue et l’âge ont fait sentir leurs effets, nous avons demandé à chacun d’apporter un plat froid et des desserts. Maintenant nous en sommes aux sandwiches… mais toujours avec des desserts.

Pendant les grandes vacances, comme maintenant, il n’y avait pas de rencontre, mais à l’époque, ceux qui le voulaient se retrouvaient à la Foire du Midi. Les enfants y venaient aussi.

Les options de départ 

Elles sont résumées en trois lignes, dans un document un peu plus tardif  : - Nous recherchons Jésus-Christ, chacun à notre manière, et nous célébrons sa parole en groupe. - Notre foi en Jésus-Christ est engagée dans la réalité présente et les grands problèmes du monde. - Nous voulons célébrer dans une communauté sans hiérarchie. En effet, dès le départ, l’option avait été prise d’abolir les inégalités et les clichés entre hommes-femmes et clercs-laïcs, une option très d’avant-garde à cette date. 

Les «  ateliers  »

De réunion en réunion, nous échangions sur la base de certains thèmes. Chacun (un laïc et un des prêtres  présents) se proposait pour animer la célébration et choisissait le thème à aborder au cours de la réunion. Pour mieux structurer nos rencontres, Claude Florival suggéra de constituer des ateliers avec différentes options. C’est ainsi qu’il y eut les groupes «  Recherche de Foi  », «  Foi et politique  », «  Expression dela Foi  » et «  Actualité  ». Plus tard, un cinquième groupe «  Désert  » vint s’ajouter. D’autres suggestions ont été faites, par exemple  : expression non verbale de la Foi, sens de la prière et de la méditation, atelier chant et musique, atelier jeunes, ouverture de la PL vers l’extérieur …

Personnellement, je faisais partie du groupe «  Désert  » Dans ce groupe se retrouvaient, en général, tous les «  insatisfaits  ». En conséquence l’heure de partage passait à se poser la question  : «  Va-t-on célébrer, oui ou non  ? Sommes-nous assez unis entre nous pour que cela ait du sens de célébrer  ?  » Pour moi et pour bien d’autres personnes, cela n’était plus possible de continuer dans ce sens, et nous sommes partis.

Un souffle nouveau avec les «Options de base de la Paroisse Libre  »

Quelques personnes (Pierre, Suzanne, Paul et 25 personnes environ) décident alors de se retrouver pour réfléchir, et essayer de comprendre pourquoi de telles insatisfactions ont vu le jour. C’est donc un «  petit reste  » qui se réunit pour une journée, chez les Van Lunen à Hoeilaart, et une nouvelle vitesse de croisière s’amorce avec un nouveau document pour repartir sur des bases solides.

Cette «  Base Commune  » comporte 3 points  dont je résume l’essentiel :

1° «  Pour cette communauté d’Eglise que forme la Paroisse Libre, Jésus-Christ est la référence décisive  ». «  Notre communauté accueille les interrogations et les doutes de ses membres, pourvu qu’ils adhèrent au projet communautaire de la Paroisse Libre  ». En poursuivant la recherche, nous voulons «  répondre aux appels des hommes et des femmes d’aujourd’hui  ».

2° «  La célébration de cette vie en référence à Jésus-Christ, particulièrement dans l’eucharistie, est un élément constitutif de cette communauté  ». «  Les formes […] y font l’objet d’une recherche constante d’adaptation  ».

3° «  La Paroisse Libre nous apparaît non seulement comme utile à ses membres, mais comme exprimant, dans la communauté chrétienne d’aujourd’hui, une urgence de vie  ».

Les célébrations pascales

Au début de la Paroisse Libre, il n’y avait que des célébrations bimensuelles et rien de particulier à Pâques. Pour expliquer la suite, un petit rappel est nécessaire. Lors de l’année de la Justice en 1975, une grande assemblée s’est tenue à la Ste Baume, dans le sud de la France, centre dominicain qui accueillait des groupes de réflexion et organisait des rencontres. À l’initiative de Pierre et Suzanne, nous étions une cinquantaine de personnes à avoir fait le voyage et c’est donc là, à la Ste Baume, que nous avons passé les 3 jours avant Pâques. C’est un souvenir inoubliable pour chaque participant  : nous y avons vécu une ouverture dans les célébrations, une créativité insoupçonnée jusqu’alors.

Vu cette expérience exceptionnelle, quelques personnes ont demandé à Pierre et Suzanne de faire ce genre de célébrations à la Paroisse Libre. Pendant plusieurs années, ce sont nos deux communautés, le Sabot (Rue de la Prévoyance) et les Cerisiers (avenue Jonnart), qui se sont chargées d’assurer les célébrations pascales pour tous, Paroisse Libre, Fraternité des Veuves, amis, jusqu’au jour où Maria Vandooren  et d’autres personnes de la communauté n’ont pas pu être présentes pour la préparation. C’est la raison pour laquelle deux années de suite nous avons célébré les célébrations pascales chez nous, avenue Jonnart avec un nombre réduit de participants. Les années suivantes on a demandé à la Paroisse Libre de prendre le relais. D’où la pratique actuelle.

Le Bulletin

Dès 1982, une feuille d’infos, «  Informations Paroisse Libre  »,  a été distribuée aux membres et à quelques amis. Au début, la rédaction a été assurée par Jeanne Somer-Gotteland, la protestante du groupe  ; puis Régine de Villers a pris le relais. Malheureusement, plus rien n’a été fait depuis lors et le courrier électronique a pris une place dans la communication entre nous, mais sans remplacer vraiment le bulletin, qui représentait aussi la mémoire du groupe..

La question des enfants

En 1983, nous avons fêté les 10 ans de la Paroisse Libre. Au cours de ces années, souvent nous nous sommes posé des questions au sujet des enfants  : pourquoi peu d’enfants venaient-ils à la Paroisse Libre  ? Il y en a bien eu quelques-uns au début mais ils ne sont pas restés et il n’y en a jamais eu beaucoup.

La créativité et les évaluations

La créativité faisait partie du projet initial. Elle nous a été  rappelée à plusieurs reprises, en particulier par Pierre de Locht. Ainsi, encore en 2004, Pierre constate que la Paroisse Libre passe par une phase d’assoupissement, de lassitude, due pour certains, au vieillissement de notre communauté. Pierre ajoute «  N’est-ce pas le signe qu’il est temps de re-clarifier ce que chacun, chacune attend de nos réunions  »  ?

En pratique, ce souci s’est exprimé par des évaluations périodiques. Ainsi, en 1999  : un groupe «  Évaluation des célébrations  » a été constitué. Il se réunissait régulièrement pour revoir ensemble ce qui était à retenir dans la rencontre passée ou ce qui était à modifier. Suite à cela, un fascicule a été fait afin de mettre sur papier toutes nos observations

Les «  ministères  »

Nous n’avons pas été très loin dans la création de différents «  ministères  », ces services plus ou moins stables confiés à tel ou telle des membres. Toutefois, je me souviens que nous avons demandé à Jo Leunen de prendre en charge le «  ministère  » de l’accueil des personnes venant pour la première fois et à Dany de s’occuper du «  ministère  » des tables en veillant sur le bon fonctionnement de la restauration.

Les rencontres avec d’autres communautés

La paroisse Libre a tenu à être représentée aux Assemblées des Communautés de Base. J’en rappelle  quelques-unes :

1ère Assemblée de Fête des Communautés de base à Floreffe en 1984

2ème Assemblée  des communautés de base à Charleroi en 1987

3ème Assemblée des communautés de base à Liège 1995,  qui s’est clôturée par un Manifeste des communautés de base.

En 1993  : fête de l’Espérance à Marche-en-Famenne, à l’initiative de So.Na.Lux.

La rencontre avec l’Église protestante du Botanique.  En 2000, nous avons, Pierre de Locht, Albert Bastenier et moi-même, participé à un W.E. avec cette communauté. Ce fut une rencontre intéressante, nous y avons été bien accueillis, ils sont venus chez nous par la suite  ; malheureusement l’expérience ne s’est pas poursuivie.

Les conférences-débats

Dans un Editorial du bulletin de 1985, Pierre de Locht pose une question  : «  Le repas pascal était une démarche particulièrement engagée  », d’où la question «  nos célébrations ont-elles suffisamment cette dimension d’engagement  ?  »

Une des modalités importantes d’ouverture vers l’extérieur a été l’organisation des conférences-débats ouvertes au public, Ces conférences-débats ont permis pendant onze années consécutives d’aborder avec des personnalités extérieures à la Paroisse Libre des sujets d’intérêt général. En même temps elles ont créé une ouverture vers la laïcité et suscité un réseau diversifié de relations ouvertes et stimulantes. Nous avons eu la chance d’accueillir  : Alice Gombault - Bernard Van Meenen - Adolphe Gesché - Albert Bastenier-Bernard Feillet - Guy Harscher - Roger Lallemand - Daniel Sibony – Ivone Gebara – Jacques Gaillot - Paul Tihon - Ignace Berten - Madeleine Moulin - Riccardo Petrella, etc,

Quelques événements marquants

Après chaque événement, très souvent Pierre de Locht et parfois Paul ont rédigé une note pour résumer ce qui avait été vécu et proposer des pistes pour l’avenir  ; ils recadraient et posaient de bonnes questions pour aller de l’avant et relancer la Paroisse Libre. Ces textes ont d’ordinaire paru dans notre bulletin «  Informations Paroisse Libre  ».

Une démarche qui m’a interpellée c’est la comparaison entre le manifeste des communautés de base et le projet initial de la Paroisse Libre, avec des options comme «  je garde / je jette /je change / j’ajoute » Cela a été l’occasion de se recentrer sur l’essentiel.

En 1998, nous avons eu un sérieux problème interne de relations entre quelques personnes, où une série de rancœurs, de reproches sont apparus et ont déclenché le départ de plusieurs membres. Cette fois-là, José Reding a été invité à la Journée annuelle de la Paroisse Libre pour nous aider à comprendre ce qui s’était passé.

«  Et vous, qui dites-vous que je suis  ?  »

De 2004 à 2005  : les membres de la PL ont accepté de se présenter plus personnellement, en répondant à la question de Jésus aux disciples  : «  Et vous, qui dites-vous que je suis  ?  ». Chacun répondait également à la question  : «  Qu’est ce qui fonde mon attachement à la Paroisse Libre  ?  ». Ces témoignages ont été très concrets et engagés  ; ils nous ont permis de mieux nous connaître et de resserrer les liens entre nous.

Un tournant dans la manière de célébrer

Au début, seul un prêtre dans l’assemblée «  prononçait les   Paroles  » sur le pain et le vin. Puis, pendant plusieurs années, nous avons adopté le «  chœur parlé  », tous lisant ensemble le récit de la Dernière Cène selon une des versions du Nouveau Testament.

Lors d’une célébration du Jeudi Saint, Dorothée Bauschke et moi-même avons constaté (après coup) qu’il n’y avait aucun prêtre dans l’assemblée (alors qu’à l’époque on faisait très attention à ce qu’il y en ait un, surtout lors des célébrations de fête puisqu’on y invitait des personnes extérieures à la PL)

Ce fut le départ d’une longue et très intéressante réflexion sur rôle du prêtre. Plusieurs rencontres ont été consacrées à ce sujet  : - 1. Exposé théologique de Paul, - 2. Point de vue d’un laïc, - 3. Quelques témoignages. - 4. Perspectives  : qu’attendons-nous du ministère de l’Église  ?

Vint le jour où l’assemblée adopta la suggestion de Monique Duhain  : répartir les membres de la Paroisse Libre en quatre groupes, qui prendraient en charge à tour de rôle la totalité de la célébration, qu’il y ait dans le groupe un prêtre ou non. C’est à partir de ce moment-là que chacun a «  prononcé les Paroles  » de Jésus à la Dernière Cène, lorsqu’il (ou elle) était en charge de cette partie de la célébration.

En pratique, à partir de la répartition en quatre groupes, chacun s’est senti plus responsable du fonctionnement de la communauté, mais cela ne répond pas à tous les besoins.

Ceux et celles qui nous ont quittés

Depuis le début, nous avons connu plusieurs décès, à commencer par Luce Grosjean, Françoise Lefèbvre, Annick Nénez, Pierre de Locht, Jo et Christiane Leunen, Émile Hanquet, Suzanne van der Mersch, Robert Vander Gucht… et quelques autres…

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Annexe  1 : quelques repères chronologiques

Pâques 1973  : commencement de la Paroisse Libre

Mars 1974  : sortie du premier bulletin

Pâques 1983  : 10e anniversaire de la Paroisse Libre

Janvier 1992  : 75e bulletin

Pâques 1993  : 20e anniversaire de la Paroisse Libre

Janvier 1998  : 100e numéro du bulletin

Pierre avait posé les jalons du 30ème anniversaire en 2003.

Annexe 2  : une production de textes

Depuis le début, la Paroisse Libre a produit divers documents fascicules ou textes de référence. J’en rappelle les principaux  :

1983  : «  La Paroisse Libre, 10e anniversaire  », 40 pages A5 (sur les origines et l’évolution de la Paroisse Libre)

1989  : «  Seigneur, apprends-nous à prier  » (quelques préalables qui orientent la créativité liturgique)

1993  : «  Célébrons ensemble  » (les 4 récits de la Cène du Seigneur)

1993  : «  La Paroisse Libre a vingt ans  », 32 pages A5, illustrées par Michel Olyff (Options de départ, préoccupation à propos de la place des enfants, ministères)

1994  : «  Projet de statuts  » (quelques règles pour la désignation des membres du groupe de coordination)

1997  : «  La Paroisse Libre  : un autoportrait  » , 12 pages A5 (nos options, femmes et hommes, faire communauté, une paroisse autogérée et comment)

1998  : «  Rôle et responsabilité de l’équipe de coordination  », 3 pages A4 (avec une note sur le statut du document et une note sur son élaboration)

1999  :«  Evaluation des célébrations  : réflexion sur l’Eucharistie, nos célébrations à la PL, quel avenir pour la PL  ?  »

2010  : «  L’Eucharistie à la Paroisse Libre  : théologie et célébration. Un instrument pour la réflexion et l’évaluation», 24 pages A4 (résultat d’un groupe de travail, approuvé par l’assemblée et diffusé «avec discernement  ».


 

Deuxième partie 

Quelques leçons de l’histoire 

Paul Tihon

L’intérêt du parcours historique  est de nous remettre en mémoire le projet originaire, de tirer des leçons des moments forts et des moments plus faibles de cette histoire, pour faire le point. Les conclusions pratiques, ce sera à débattre par la suite.

Le projet lui-même, tout d’abord. 

Dans sa première formulation, il s’agissait  : 
1. de vivre l’Evangile et de vivre l’Eglise, mais autrement  : 
2. dans la société d’aujourd’hui  ; 
3. de célébrer cette vie. A ce stade il était présupposé que cela devait se vivre dans une complète égalité entre hommes et femmes, entre clercs et laïcs. 

Le deuxième point nous situait comme un groupe en osmose avec la société actuelle avec ses progrès, ses problèmes, ses combats. Il s’agissait d’éviter que la Paroisse Libre se contre sur des expériences «  d’Eglise  » et se replie sur elle-même

Une première crise a permis de faire un pas de plus, celle due à «  trop peu de balises  ». En d’autres termes, ceux et celles qui adhéraient au groupe ne savaient pas trop bien à quoi ils s’engageaient. Le point sensible a été rappelé par Suzanne Daws : pour certains, la Paroisse libre n’était pas encore assez mûre, assez une communauté, pour pouvoir célébrer l’eucharistie avec assez de sens. Ce à quoi d’autres rétorquaient qu’on n’était jamais assez mûrs pour cela. Ce qui a fait rebondir, c’est le constat que ce débat entraînait une paralysie. Or l’objectif du départ parlait bien de célébrer, mais c’était en troisième lieu. On peut ajouter que pour certains, l’appartenance à l’Eglise – à notre Eglise, la catholique romaine, était facilement mise en questions. On disait facilement  : «  chrétien, oui  ; catholique, non  », sans trop mesurer ce que cela impliquait

D’où la réunion de «  re-fondation  », qui s’est tenue le 9 novembre 1975 dans la maison des Van Lunen à Hoeilaert (où Suzanne van der Mersch m’avait invité). En tête du «  texte de base  » qui y a été voté, une affirmation claire  : la PL est une «  communauté d’Eglise  ». Nous pouvons être très critiques, mais nous sommes chez nous dans ce «  machin-là  ». Pour dire comme Ignace Berten  : nous sommes des dissidents de l’intérieur.

La signification de cette affirmation nette, c’est qu’elle a des conséquences mutliples. Nous ne voulons pas former un petit ghetto chrétien. Nous restons membres du «  machin  », et donc, nous pouvons le critiquer. Nous participons aux rencontres des «  communautés de base  », dont nous partageons les choix critiques par rapport à l’institution. Nous avons invité d’autres communautés et nous avons accepté leur invitation.

Une autre dimension fondamentale du projet est le rapport à Jésus et à l’Evangile. Les conséquences sont apparues au cours de l’histoire. Je relève deux temps forts  : - les longues réunions où chacun et chacune à son tour répondait à la question que Jésus a posée un jour à ses disciples  : «  Et vous, qui dites-vous que je suis  ?  » Cette série de témoignages a permis un approfondissement de nos liens comme groupe, par une connaissance mutuelle moins superficielle. Je range sous le même titre la décision que nous avons prise depuis quelques années de remplacer les réunions «  par thème  » en nous laissant guider par la «  lecture continue  » des évangiles. Nous prenons conscience que là se trouve la nourriture de base de notre vie de croyant(e)s.

Un laboratoire pour vivre l’Eglise autrement

Le texte de «  refondation  » note en quatrième lieu que nous avons la conviction que notre aventure comme PL «exprime, dans la communauté chrétienne d’aujourd’hui, une urgence de vie  ». Cette conviction nous situe dans l’actualité de ce qui est en train de se chercher dans l’ensemble de notre Église. Comme le disait déjà le deuxième point de cette «  base commune  »  : en nous engageant sur ce «  chemin de libération où le Christ nous a précédés  », nous voulons «  répondre aux appels des hommes et des femmes d’aujourd’hui  »  : la perspective est plus large que le seul monde des croyants. Si nous sommes une petite communauté qui prend de l’âge, ce n’est pas une raison d’adopter un profil bas  : notre ambition est grande et nous faisons partie d’un mouvement plus large de «  minorités abrahamiques  », pour parler comme dom Helder Câmara  : ces gens qui comme Abraham sont partis «  sans savoir où ils allaient  », faisant confiance à l’Esprit qui les guidaient (Hébreux 11,8).

Le paragraphe consacré à la célébration met deux points en relief  : d’abord, que «  la célébration de notre vie en référence à Jésus-Christ, particulièrement dans l’Eucharistie, est «  un élément constitutif  » de notre communauté  ; ensuite, que «  les formes de cette célébration font l’objet d’une recherche constante  d’adaptation  ». Ce qui non seulement coupait court aux discussions sur le sens de célébrer ou non, mais justifie aussi l’appel périodique à plus de créativité.

Rester créatifs

Cette créativité s’est manifestée de diverses manières dans notre histoire. Par rapport au «  grand public  », je relève l’expérience des «  conférences-débats  » qui se sont tenues d’ordinaire dans la salle des Riches Claires, et qui ont invité non seulement des cathos, mais des gens de la laïcité. Notre souci actuel de répondre à la problématique de la prochaine rencontre internationale des Communautés de Base s’inscrit dans la même ligne  : sa problématique est d’une actualité évidente du point de vue chrétien.

En ce qui touche notre fonctionnement interne, le souci d’adaptation continue - et le réalisme - nous ont amenés à préciser les règles de notre fonctionnement  : assemblées périodiques, dont l’importante journée annuelle, fixation de règles pour le groupe de coordination et pour son élection. Le souci primordial est de sauvegarder la règle d’égalité entre les membres, avec un fonctionnement démocratique qui évite la prise de pouvoir par une personne ou quelques-unes. D’où  : pour toutes les décisions importantes l’assemblée est souveraine  ; le «  groupe de coordination  » est à durée limitée  ; il doit être composé d’au moins un homme et au moins une femme. Le but est de ne pas retomber dans une forme de «  cléricalisme  » où il y a des porteurs de la communauté et des consommateurs. De ce point de vue, la répartition de tous les membres en quatre équipes a été une décision dont on mesure les fruits en termes de co-responsabilité effective.

Un point délicat de notre évolution s’est polarisé sur la façon de célébrer. J’ai déjà noté le passage des «  célébrations à thème  » à celles qui suivent la «  lecture continue  ». Suzanne a rappelé la manière de célébrer les temps forts de Noël et Pâques. Je souligne un point sensible  : celui de la présidence de nos célébrations. Vu notre souci de sortir du monopole clérical, nous avons connu plusieurs étapes que Suzanne Daws a rappelées. D’abord, l’animation confiée à deux ou trois volontaires, dont toujours un prêtre. Puis la récitation tous ensemble du récit de la Dernière Cène, une solution peu satisfaisante en soi  : un récit ne se prête pas à prendre la forme d’un  «  chœur parlé  ». Enfin, très prudemment et après un long temps de maturation, la présidence est décidée au sein des groupes de préparation, où les rôles sont répartis entre les membres, qu’il y ait un prêtre ou non – et encore, s’il y en a un, ce n’est pas forcément lui qui se charge du récit de la Cène.

J’ai dit qu’il s’agissait d’un point sensible, à cause de quinze siècles de sacralisation de l’eucharistie autour de la personne du prêtre, seul habilité à présider, ce qui s’est réduit au «  pouvoir  » de «  dire les paroles de la consécration  ». Il nous a fallu vingt ans pour dépasser ce que la règle qui réserve la présidence à un évêque ou un prêtre soit vue pour ce qu’elle est  : une règle d’organisation qui évite les dérives (voir déjà Ignace d’Antioche au début du 2e siècle  !) et non la possession d’une sorte de pouvoir magique. Comme nous sommes attentifs au fait que la sensibilité au sacré est encore très largement présente parmi les baptisé(e)s, lors des fêtes où l’assistance est plus large nous demandons parfois au prêtre de dire la Grande Prière eucharistique.

Cette lente évolution a été d’une certaine façon consignée dans notre brochure sur  «  L’eucharistie à la Paroisse Libre  », un document remarquable à mes yeux de «  spécialiste  », que nous ne distribuons pas à n’importe qui, mais que j’ai été amené à envoyer personnellement à l’évêque de Liège.

Quelques défis non relevés

Notre histoire nous impose de constater que nous n‘avons pas réussi à relever certains défis  : - l’intégration des enfants et des plus jeunes  ; - sauf exception, la valorisation des divers dons ou charismes de chacun et chacune  ; - nous n’avons que très rarement considéré que nous avions quelque chose à dire à notre Eglise.

Le défi actuel

Pour conclure, le défi actuel est de conjoindre la créativité et le réalisme qui tient compte de nos limites d’âge et de recrutement. La Paroisse Libre n’a pas les «  promesses de la vie éternelle  », elle n’a même pas fêté son trentième anniversaire. Fêtera-t-elle son quarantième  ? A mon sens, ce n’est pas une raison pour en rabattre sur nos objectifs. La Paroisse Libre n’est pas seulement pour nous un lieu privilégié pour nourrir notre foi et notre espérance et notre attachement à Jésus et à l’Evangile, elle est aussi significative de ce qui se cherche dans l’Eglise et dans la société. Le tout est de nous aider à rester créatifs dans notre  recherche d’adaptation.

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En vue du prochain échange sur l’avenir de la PL

Groupe  :

1. Refaire une évaluation de notre fonctionnement  ?

2. Regret de ne plus avoir de bulletin, peut-être pas d’une façon systématique mais pour avoir une trace des événements marquants 

3. Ce serait intéressant que chacun puisse exprimer ce que la PL lui apporte  : Quelles sont mes motivations profondes pour venir à la PL, et pour y rester  ? Quelles sont les limites ressenties  ? Quel est mon avis sur nos célébrations  ?

4. Quelqu’un qui puisse faire le point à certains moments sur notre recherche de Foi, nos célébrations à la Paroisse Libre et notre vécu, ou tout autre sujet, permettrait à chacun de se positionner, de redémarrer éventuellement ou simplement de confirmer sa position.

Réfléchir sur  : C’est quoi une eucharistie  ? C’est quoi la liturgie  ?

Proposition pratique  :

1. Donner à chaque nouveau membre, élu au groupe de coordination, un exemplaire du dossier «  rôle et responsabilité dans le groupe de coordination de la Paroisse Libre  ».

2. Parler et travailler davantage la Bible et le Premier Testament, par exemple prendre un thème à rechercher dans les grandes lignes dans toute la Bible (ex  : pardon, foi, espérance, liturgie, pain ….)  : c’est passionnant et nous apprend en même temps à découvrir les trésors cachés dans les livres du Premier Testament, que nous ne connaissons pas ou très mal  !

Ceci est une question de fond à regarder de près  : comme groupe, nous restons encore très peu formés en culture biblique et en plus cela ne demande pas de culture biblique approfondie. Par ailleurs nos échanges en groupe sont souvent très vivifiants malgré cela.