Des livres 

 

L'Espérance du Cardinal

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C'est en 2006 que Olivier Le Gendre a publié Confession d'un Cardinal; ce livre censé livrer les échanges entre l'auteur et un (ou des ?) cardinal retraité connut un grand succès.

Ces nouveaux longs échanges reprennent, tantôt, entre Paris et l'Inde, par skype et webcam interposés, tantôt dans un vis-à-vis direct, a Rome.

Ce qui me frappe avant toute chose, c'est le style du récit, le climat dans lequel cette lecture m'a plongé.

La forme du colloque singulier crée une ambiance intimiste avec un langage simple, franc, direct, concret; on se sent a leur côté; on est aux antipodes de longs et savants développements doctrinaux, philosophiques ou théologiques.

Le message de fond que l'auteur suggère s'ébauche très progressivement au cours des pages, de façon quasi indirecte, autant d'ailleurs a travers ce qui se dessine de la personnalité des deux protagonistes qu'a travers leur discours. D'ou une lecture aisée, agréable, voire captivante par moments.

Quant au contenu proprement dit de ces entretiens, je relève deux choses principalement.

- Tout d'abord, une sévère critique du fonctionnement de l'Église-institution ; critique solidement étayée par de multiples arguments et exemples. - Ensuite, la défense de diverses valeurs humaines enracinées dans l'Évangile.

Le gouvernement de l'Église

Ce point occupe une place très importante dans ce livre.

On peut même dire que cette difficulté par rapport a l'organisation de l'Église semble, pour l'auteur et son interlocuteur, le problème actuel majeur concernant l'Église et la non-transmission du message évangélique.

« Le fonctionnement de l'Église l'empêche de porter de manière crédible et sereine son message» (p.38)

Le gros de la critique concerne le Vatican et la Curie que nos deux protagonistes connaissent manifestement fort bien.

Notons ici que Benoît XVI semble relativement épargné dans cette appréciation négative du rôle du Vatican; un peu surprenant tout de même vu sa rigueur doctrinale et vu qu'il est tout de même le grand patron de ce machin bureaucratique!

Face a ce problème d'ordre institutionnel, le cardinal suggère avant tout une forte décentralisation du pouvoir, notamment grâce a des conciles régionaux ou la proximité avec la base et avec les communautés locales permettrait un dialogue plus effectif avec le peuple des croyants et permettrait de davantage prendre en compte la grande diversité des expressions de la foi et des pratiques cultuelles dans le catholicisme. Mais, plus profondément, c'est en fait une rupture radicale du mode de gouvernement qui est prônée. L'institution - Église est invitée a « animer» plus qu'a gouverner; dit autrement, il faudrait que le pouvoir dans l'Église soit plus un « cœur qui bat» qu' « une tête qui gouverne et contrôle ».

Je retrouve ici la formule de Philippe Bacq qui suggère de substituer une «pastorale d'engendrement» a la « pastorale d'encadrement ».

Cette forte insistance sur l'aspect institutionnel me pose a vrai dire question.

Est-ce en raison du fait que ce cardinal a été très impliqué dans l'organisation de l'Église?

Est-ce, de la part de l'auteur, une sorte de choix stratégique pour initier un changement?

N'y a-t-il pas, dans la grave crise que traverse l'Eglise, des causes en amont de l'institutionnel, causes liées a une certaine théodicée, a une certaine anthropologie, voire plus globalement a une vision du rapport au monde, a la nature et au spirituel ou à une vision de la place de la religion dans la culture?

Quel apport quant au contenu de la foi chrétienne?

Ceci m'amène à examiner l'apport du livre en termes de contenu.

J'ai parlé plus haut de « diverses valeurs humaines enracinées dans l'Évangile ».

Cette formulation illustre déjà que l'auteur ne s'intéresse guère au contenu doctrinal de la foi chrétienne; nulle part il n'est question des dogmes, ni des articles du Credo; cela révèle déjà une option significative.

Si la religion chrétienne a encore quelque pertinence pour notre temps, ce ne peut être qu'en raison de son lien avec le message évangélique.

Quelles sont dès lors ces valeurs mises en avant dans ce long dialogue? Pour commencer, je veux tout d'abord évoquer quelle doit être, de façon globale, aux yeux des deux protagonistes, la première préoccupation de l'Église: « incarner la tendresse de Dieu» (p. 14)

C'est la toile de fond pour tout ce qui s'en suit en termes de valeurs à privilégier.

Attachante vision des choses, à mille lieues d'un Dieu juge tout-puissant et exigeant; à mille lieues aussi d'une Église régente des mœurs; c'est en outre aller au-delà d'une Église « experte en humanité. »

La valeur qui est présentée à plusieurs reprises comme primordiale est la pauvreté; pas seulement la pauvreté matérielle, mais aussi, voire surtout, une pauvreté intérieure, la conscience, l'aveu d'un manque, d'une incomplétude, un détachement du non-essentiel.

« La pauvreté est la condition de l'espérance» (p.184).

Tout un chapitre lui est d'ailleurs consacré (p.212 à 223). Pas étonnant que la figure qui séduit le plus ce cardinal soit celle de François d'Assise. Dans la même foulée, il faut citer la priorité donnée aux pauvres: « On est sur de ne pas se tromper quand on donne la priorité aux plus petits» (p.28). C'est ce que dit très fortement le fameux passage de Matthieu XXV.

En choisissant de finir ses jours en Inde, en communauté avec les plus démunis, ce cardinal passe de la parole aux actes, ce qui donne à son témoignage beaucoup de force.

L'espérance

Pour conclure, j'en viens au titre choisi pour ce livre.

En réponse à la question si vitale de Pierre, « Seigneur, à qui irions-nous, toi seul as les paroles de vie éternelle... », les disciples choisissent de faire confiance à cet homme Jésus qui les a séduits par sa personnalité et sa façon de vivre. Cet homme aussi qui propose, qui se propose en écho à la question de Pierre: « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie» (pp.179-180 et 264)

D'une certaine façon, cette petite phrase de Pierre résume tout le message, tout l'argumentaire du livre.

La foi part d'un manque: celui que crée l'interrogation universelle sur le sens présent et ultime de l'existence humaine.

La réponse chrétienne est de suivre ce maître et son enseignement; réponse faite dans un sursaut d'espérance et de confiance.

On peut dire ainsi que la foi chrétienne se fonde et se maintient sur une sorte de trinôme: expérience de la pauvreté / mouvement d'espérance / acte d'adhésion à la personne de Jésus dans une attitude de confiance.

Reste certes (façon de parler...) à traduire cette foi dans une praxis, une attention de tous les instants aux plus petits; c'est le « principe de Po» qui revient sans cesse comme la trame du récit du cardinal.

C'est là une présentation bien particulière, très différente de celle faite, par exemple, par un Yves Burdelot dans Devenir humain, la proposition chrétienne aujourd'hui. ; dans ce livre qui eut aussi un certain retentissement, l'auteur fait un exposé clair et méthodique de ce qui peut être pour lui le contenu de la foi aujourd'hui.

Beaucoup d'autres donnent la même importance à l'intelligence de la foi: je songe à Karl Rahner, Henri de Lubac, Adolphe Gesché, Hans Küng, Joseph Moingt. Ces différences illustrent la grande diversité des approches de la foi chrétienne.

C'est certes une bonne chose pour autant que ces diverses présentations de la foi chrétienne ne s'excluent pas.

Je ne résiste pas à l'envie de terminer par cette étonnante et très interpellante affirmation:

« Comprenez moi..nous sommes obliges de revoir de fond en comble notre façon d'être au monde du fait même de la redécouverte que notre foi est fragile. En d'autres termes, ce n'est pas la fragilité actuelle de la structure de l'Église qui est le défi principal, mais notre acceptation d'être, les uns et les autres, du haut en bas de la pyramide, les fragiles témoins d'une foi fragile. Si nous consentons il cela, tout le reste suivra... » (p.297)

Quelle différence de ton avec l'encyclique Veritatis Splendor de Jean-Paul II en 1993 !

Jean DEBELLE


Croire quand même

Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme

Moingt, Joseph 
Entretiens menés par Karim Mahmoud-Vintam, en collaboration avec Lucienne Gouguenheim
Parution :  novembre 2010

Recommandé par :

Le coup de coeur du libraire

Quelle chance de pouvoir converser à loisir avec un grand esprit. Jésuite, théologien, l'un des plus grands, après une vie d'édition, d'enseignement et des livres majeurs, le Père Moingt livre à brûle-pourpoint ses réflexions sur le présent et l'avenir du catholicisme. Au plus profond et au-delà des clans. Ses constats sans complaisance, ses critiques impavides, son appel à une réforme radicale ne vont pas plaire aux conservateurs, c'est sûr. Mais il désarçonne souvent aussi son interlocuteur en ne voulant rien lâcher de la Tradition qu'il interprète en expert. Il ne cherche pas la connivence, il exprime au plus juste ce qu'il pense et ce qu'il croit, en se faisant un devoir d'exercer sa responsabilité d'intellectuel et de priant. La culture est immense, l'intelligence aigüe, le style clair et précis, mais plus encore que cette maîtrise, ce qui impressionne au fil des pages c'est l'engagement personnel indéfectible et toujours neuf envers l'Evangile. Un grand témoignage au sens plénier.

Avis

Un livre remarquable. Erudit sans être pédant Equilibré dans ses jugements Objectif dans sa présentation de l'état des lieux Sans concession sur l'essentiel Théologiquement irréprochable Courageux Nourri de l'Evangile et surtout de sa pratique Un véritable message d'espérance pour ceux qui doutent gravement de l'Eglise catholique mais sont attachés aux évangiles Il faut le lire

Résumé

L'histoire contemporaine de l'Eglise catholique est secouée par une crise grave, la religion chrétienne ne structure plus le monde occidental et s'efface devant la sécularisation de la société. Dans cet entretien, le théologien jésuite montre en quoi l'Eglise fait fausse route, à partir de sa connaissance intime de l'histoire et des dogmes chrétiens.

Quatrième de couverture

Fuite des fidèles, dissensions internes, tarissement du clergé, conflits d'autorité, méfiance envers la science théologique et biblique, remises en ordre et mesures de restauration, rapports distendus entre Rome, les Églises locales et les communautés de fidèles, etc. Telles sont, en vrac et en gros, les questions vitales qui me furent posées et qui seront agitées dans ce livre.

Questions périlleuses, parce qu'elles mettent en cause des structures organiques, questions surtout troublantes pour la foi de notre temps. J'ai accepté néanmoins d'en traiter parce qu'elles me sont familières et me hantent.

Beaucoup de fidèles hésitent à rester dans l'Église ou à la quitter, comme tant d'autres l'ont déjà fait, ce qui revient souvent, pour eux, à se demander s'ils vont lutter pour garder une foi vivante ou la laisser s'en aller par fidélité à leurs propres exigences de vérité. Le titre donné à ces entretiens, Croire quand même, exprime le message, de compréhension et d'encouragement, que ce livre voudrait porter à ses lecteurs.


LES PIEDS DANS LE BÉNITIER

2 novembre 2010

« Il faut rendre aux baptisés ce qui leur revient… » : Le point de vue de Monique Hébrard !

Quel souffle d’air et d’Esprit dans le livre d’Anne et de Christine ! Elles qui n’étaient pas spécialement « militantes », laissent entendre qu’elles se sentent investies d’une mission venant de cette part du peuple de Dieu qui a reçu leurs premières réactions comme une espérance à saisir. Je le crois.

Anne et Christine aiment l’Église, et savent de quoi elles parlent car bien que portant une jupe, elles sont aussi formées qu’un clerc et elles pensent juste. D’ailleurs ce n’est pas le tout de porter une soutane, encore faut-il ne pas s’empêtrer les pieds dedans au point qu’elle vous empêche d’avancer !

Si je devais caractériser ce qui sous-tend leur vision, je dirais : lucidité critique et fidélité évangélique. D’ailleurs les deux vont de pair et leur lucidité est éclairée par leur fidélité au Christ. Ceci dit, cela décoiffe… comme l’Évangile décoiffe et dérange ! Elles mettent effectivement les pieds dans le plat, dans le bénitier en l’occurrence, pour donner un grand coup de balai dans le système clérical. Mais jamais avec haine (et surtout pas haine de nos frères prêtres et évêques), toujours avec justesse et référence à l’Évangile, à Saint Paul, à Vatican II.

Leur message n’est autre que celui que le Concile a induit : il faut rendre aux baptisés ce qui leur revient de par le baptême : une entière responsabilité par la participation au tria munera y compris celui de gouvernement. Cela ne supprime pas le ministère presbytéral mais met fin à sa capture du gouvernement. C’est finalement la conclusion de la récente passionnante thèse du directeur de l’ISPC (Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique)  à la Catho, François Moog qui entérine le constat que si les baptisés partagent concrètement le sacerdoce, ils sont interdits de sacerdoce royal, de gouvernement. Cela rejoint aussi la prescription de Nicolas de Brémond d’Ars dans son livre sur les fractures du catholicisme.*

Anne et Christine ne se battent pas pour l’ordination des femmes : la priorité est ailleurs : que les baptisés puissent vivre pleinement leur sacerdoce. Et que l’on arrête d’employer le mot sacerdotal pour les prêtres ! Sûr que l’on a du chemin à faire pour que les baptisés soient de nouveau sensibles à cette mission qu’on leur a confisquée et interdite pendant des siècles en leur adjoignant pour seul devoir celui de se taire et d’obéir aux pasteurs !

Dans cette perspective, la CCBF devient un lieu précieux de conscientisation et d’apprentissage.. à la vie de baptisés.

La fraîcheur et la force de l’analyse d’Anne et Christine nous fera penser que s’il y a du positif dans cette mise à l’écart séculaire des laïcs et des femmes, c’est que – quand ils sont à la fois « formés » et habitués à la fréquentation de l’Écriture – leur donne un regard puissamment neuf.

Qu’il me soit permis d’ajouter une note personnelle. J’ai été dans les années 70-80 une féministe combative, notamment sur deux points : l’arrêt de l’insupportable division des tâches (aux clercs l’ad intra et aux laïcs l’ad extra) qui ne tient plus la route dans le monde d’aujourd’hui, et la reconnaissance de la vision et de la parole des femmes. J’ai été à l’origine d’un groupe de travail sur la question durant de nombreuses années avec mon évêque Mgr Favreau et son vicaire général Francis Deniau qui a abouti à des États généraux diocésains. J’ai fait partie pendant de nombreuses années d’un groupe de travail au niveau de l’épiscopat dont les années phares ont été celles avec Gaston Pietri, secrétaire général de l’Épiscopat (nous nous appelions familièrement les « Pietri’s girls ») qui s’est dissoute après une suite d’affronts insupportables et d’un travail pour la conférence de Pékin. Journaliste chargée de l’information religieuse j’ai beaucoup travaillé, écrit…. Combien de fois ai-je dû entendre de la part d’évêques ce reproche : « vous cherchez quoi ? Le pouvoir ? » Cela me donnait envie de pleurer : ils me jugeaient selon leurs critères ! Je me souviens être revenue d’un voyage professionnel de 10 jours au Vatican avec quelques confrères où nous avions fait le tour de tous les dicastères et j’étais revenue avec cette certitude : quelque chose rongeait ces lieux : la soif de pouvoir ! Le « pouvoir » moi je m’en fichais ! Je demandais l’intégralité de ma responsabilité et de ma dignité.

Et puis de guerre lasse je m’étais rangée des voitures de la militance. La marche du 11 octobre m’a réveillée en me donnant des frères et sœurs qui n’étaient plus, comme dans les années dures des militants qui voulaient tout casser mais des hommes et des femmes pétris de Vatican II et de la conscience de leur mission de baptisés, et souffrant réellement que la structure et le fonctionnement de l’Église bloquent souvent la Bonne Nouvelle.

Merci, Anne et Christine de vous être docilement laissées porter par la vague d’espérance que vous avez soulevée. Maintenant vous n’êtes plus seules.. et tout le travail reste à faire. Votre livre est susceptible de faire avancer les choses.

Monique Hébrard

Les Pieds dans le Bénitier : Auteures : Anne SOUPA, Christine PEDOTTI.


Pour libérer l'Évangile

Par Paul Tihon
Paru en : Octobre 2009 - 17,00 € -

Pour des catholiques contemporains qui ont découvert ce qu'est vraiment l'Évangile, l'image publique de leur Église est à cent lieues de ce qu'ils vivent. En même temps, le christianisme, religion de l'Occident qui a en partie colonisé la planète, se trouve aujourd'hui en concurrence avec les autres grandes religions universalistes, et quasiment stoppé dans son expansion, y compris dans sa branche la plus nombreuse, le catholicisme romain.

D'où la question : l'Évangile n'est-il pas prisonnier de son passé de chrétienté ? Est-il pensable de le débarrasser des formes stéréotypées prises par son langage officiel et par les institutions dont il s'est doté au cours des siècles ? Ou au moins de faire voir que, même dans des cadres strictement contrôlés, de larges marges de liberté existent pour la recherche, la créativité, l'invention de nouvelles formes d'expression et de pratiques ? Peut-on parler de Jésus de Nazareth d'une manière autre que les conciles des IVe et Ve siècles ? Peut-on multiplier les pratiques démocratiques dans l'Église ? Peut-on cesser d'être culturellement décalé ?

L'enjeu, c'est la possibilité pour la « joyeuse nouvelle » qu'est l'Évangile de rejoindre vraiment « toutes les nations » auxquelles il est en principe destiné. À la limite, est-il pensable aujourd'hui d'être non seulement un juif chrétien (ce qui n'a rien de neuf), mais également un hindou chrétien, un bouddhiste chrétien, un musulman chrétien, voire même un agnostique chrétien ? Et ce message est-il, aujourd'hui encore, capable de transformer la vie des individus, et aussi d'influencer la marche des sociétés ? Peut-on libérer l'Évangile ?

Paul Tihon, jésuite, né à Schaerbeek (Bruxelles) en 1930, docteur en théologie de l’université Grégorienne de Rome, est professeur émérite.

 

Le Marché, le Temple et l’Évangile

Par Jacques Vermeylen

Le catholicisme se trouve en difficulté majeure. Jacques Vermeylen, théologien bruxellois, part d’un double constat, que chacun peut faire : l’affaiblissement presque généralisé de la présence catholique dans notre société et les conflits internes au sein de l’Église catholique romaine. Le monde catholique traditionnel, stable et rassurant, disparaît peu à peu. Une excellente analyse.

Dans ces pages dictées par l’espérance, Jacques Vermeylen, professeur émérite d’exégèse biblique, distingue trois sensibilités dans le catholicisme, trois modèles théoriques ou plus exactement trois pôles entre lesquels chaque personne et chaque communauté d’Église sont tiraillées. Ils sont commandés par des rapports différents de l’individu au corps social et, surtout, par des conceptions diverses de la vérité ou de l’éthique.

Les trois pôles du catholicisme
Le premier modèle est placé sous le signe du Marché. Il s’agit d’un catholicisme "résiduel", désinstitutionnalisé et individualiste. Il se caractérise par la survivance des rites de passage (baptêmes, communions, mariages, funérailles) et par l’affirmation de "valeurs chrétiennes", aujourd’hui adoptées par tous les humanistes. 
Le deuxième modèle est placé sous le signe du Temple. C’est celui qui transparaît dans les médias. Ce pôle, davantage rigide et autoritaire, est plus "religieux" que "chrétien". Dans l’opinion publique, le catholicisme est identifié à ce modèle, promu par les autorités romaines et épiscopales ainsi que par un certain nombre de mouvements ecclésiaux.
Le troisième modèle qui, manifestement a la faveur de notre auteur, est celui de l’Évangile. Bien sûr, tout le monde s’en réclame, même ceux qui se situent dans la logique du Marché. Il n’a sans doute jamais existé à grande échelle, reconnaît le prêtre d’Evere (Bruxelles). À l’écoute de l’Évangile, il met l’accent sur les relations et les liens communautaires qui permettent d’expérimenter la relation à Dieu. Ce modèle, l’auteur l’appelle du nom de catholicisme humaniste. Il s’appuie sur la mémoire des événements fondateurs du christianisme et accorde une place notable à l’expérience vécue, à l’empathie et au travail de l’Esprit dans le cœur humain. Son discours est humble et fragile, mais il peut s’appuyer sur une double expérience : celle dont témoignent les écrits du Nouveau Testament et celle qui est vécue aujourd’hui. "Il contemple l’homme Jésus envoyé du Père, dont il révèle le visage. Il écoute le cri des hommes et y répond par la compassion et l’engagement par le service. Il est à la mesure de l’humain, cet être vulnérable que Dieu ne cesse d’aimer."


Gagner en crédibilité
Aucune lecture de la Bible ne peut se prétendre objective, reconnaît Jacques Vermeylen. "Toute lecture est interprétation", explique-t-il. L’exégète qu’il est veut cependant fonder la sienne sur les acquis les moins contestables de la recherche actuelle. Cela donne un modèle qui peut effrayer par sa radicalité et qui ne sera jamais adopté par le plus grand nombre. Il demande une vigilance et devra accepter des débats et des compromis.
Le pari que fait notre théologien bruxellois est que, si le catholicisme se rapproche de ce troisième modèle, il gagnera en crédibilité. Sans doute les lieux de culte ne seront-ils pas à nouveau pleins et l’Église ne pourra retrouver son hégémonie sur la société, mais son témoignage touchera les cœurs et donnera de l’espérance à ceux qui n’en peuvent plus. De cette manière seulement, l’Église catholique pourra survivre dans ce monde sécularisé et être fidèle à ce pour quoi elle existe, à sa nature de sacrement du Royaume de Dieu, chargée de témoigner du bonheur que Dieu promet.
Pour donner chance à ce troisième pôle, il vaut mieux, estime notre auteur, ne pas attendre les impulsions qui viennent du sommet, même si celui-ci peut surprendre. Il convient d’agir avec la liberté des hommes et des femmes responsables, sans pour autant briser la communion avec la grande Église.

Charles DELHEZ

"Le Marché, le Temple et l’Évangile", Jacques Vermeylen, éditions du Cerf, 240 pages, Paiement anticipatif : 26 EUR, port compris, au compte 732-7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 67/2, chaussée de Bruxelles, 1300 Wavre.


Le Christ philosophe

Le Christ philosophe

Fin 2007, Frédéric Lenoir publie un ouvrage très didactique et passionné, Le Christ philosophe (chez Plon). Directeur du Monde des religions, cet historien tente de déchiffrer le poncif communément admis selon lequel les valeurs de la République se sont construites contre la religion chrétienne.

Il me semble qu’il défend une double thèse : d’une part, il montre que la réalité de l’histoire du christianisme fut, en certains points essentiels, une inversion radicale des valeurs évangéliques ; et d’autre part, il montre que le message du « Christ » s’est échappé de l’Eglise pour revenir dans le monde moderne sous une forme laïcisée.

Frédéric Lenoir a souhaité écrire ce livre car il pense que la chrétienté s’est développée contre le christianisme et que ce dernier est devenu illisible pour ceux qui ne connaissent pas ses textes fondateurs.

Trois thèmes ressortent de ces 300 pages, découpées en 7 chapitres : la philosophie du Christ, l’origine de l’humanisme moderne et la question très actuelle des racines chrétiennes de l‘Europe.

La philosophie du Christ

Avec citations bibliques à l’appui, l’auteur démontre à quel point le message christique est révolutionnaire et subversif. Jésus bouleverse les règles morales en vigueur jusqu’à lui et fonde une nouvelle éthique : égalité, liberté de l’individu, émancipation de la femme, justice sociale, séparation des pouvoirs spirituel et temporel, amour du prochain, non-violence et pardon.

Prenons l’exemple de l’égalité et remettons-nous dans le contexte de l’époque : pour les Juifs, il n’y a pas d’égalité entre Juifs et non-Juifs ou pour les Grecs, pas d’égalité entre Grecs et non-Grecs (les barbares), mais aussi entre hommes et femmes, entre citoyens et esclaves. Jésus rompt avec l’idée qu’on reconnaît son prochain uniquement parmi les siens, dans son propre peuple. Pour Jésus, parce que tous les hommes sont fils d’un même père, ils sont tous frères, donc tous égaux : l’idée éthique d’humanité apparaît. Paul résume cette révolution : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates, 3, 28).

D’après Frédéric Lenoir, l’élément capital dans la révolution christique est « la conception de l’être humain en tant que sujet autonome auquel Jésus accorde une valeur inédite, rétablissant chaque individu dans sa pleine dignité et sa pleine liberté, indépendamment de toutes considérations extérieures (âge, sexe, statut social...) ». En effet, Jésus rompt avec la conception holiste de l’époque (où l’individu est considéré comme la partie d’un Tout qui l’englobe) et porte son attention sur la singularité et l’intériorité de l’individu.

L’origine de l’humanisme moderne

A travers un long parcours historique, l’auteur du livre s’efforce de montrer de quelle manière les humanistes modernes des XVIe XVIIe et XVIIIe siècle ont repris le message du Christ pour fonder la morale laïque moderne, et ce message évangélique aurait finalement conduit aux droits de l’homme : « Le Christ a enseigné la liberté, l’égalité, la fraternité, la séparation des pouvoirs ? Fort bien, disent les modernes. Reprenons tous ces excellents principes dans une perspective humaniste, sans référence à Dieu, en les adossant à la raison et non à la foi. »

Le projet humaniste consiste à mettre l’homme au centre de tout en affirmant sa dignité, sa liberté et ses capacités de connaissance. L’humanisme naît en Italie à la fin du XIVe siècle avec Pétrarque. Fervent chrétien, Pétrarque montre que le christianisme vaut surtout parce qu’il parle de la profondeur de l’être humain, de son intériorité. Giovanni Pic de la Mirandole (XVe siècle) montre que la liberté humaine est un cadeau de Dieu. Pour Érasme (XVIe siècle), l’idée d’auto-perfectionnement de l’homme par sa raison ne s’oppose pas à la version évangélique de la religion chrétienne. En somme, l’humanisme chrétien affirme l’autonomie de l’individu, c’est-à-dire la revendication d’une libération à l’égard des autorités religieuses qui portent atteinte à cette liberté fondamentale.

La réforme protestante est la première grande contestation des temps modernes qui va faire vaciller l’église et la confronter à ses contradictions. Chaque individu doit pouvoir être son propre interprète, grâce à sa raison.

Le mouvement des Lumières, au XVIIIe siècle, s’est construit contre l’institution catholique, mais il s’est inspiré de l’éthique évangélique. Les philosophes du XVIIIe siècle sont déistes : ils croient en un Dieu lointain, étranger aux discours ecclésiastiques et aux pratiques catholiques. Voltaire croit en une religion naturelle qui se limite à la croyance en l’être suprême et en une éthique universelle inspirée des principes de l’enseignement du Christ.. Celui-ci déclare : « Si l’on veut bien y faire attention, la religion catholique, apostolique et romaine est, dans toutes ses cérémonies et dans tous ses dogmes, l’opposé de la religion de Jésus. »

Kant substitue les impératifs catégoriques dictés par la raison aux lois divines édictées par la Bible : « Agis selon une maxime telle que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle », par exemple.

Frédéric Lenoir insiste en affirmant que ce qui est vraiment nouveau chez les modernes, « c’est d’introduire les grands principes religieux refondés en raison dans les lois d’États, de les traduire concrètement dans le réel ».

Ainsi, les philosophes modernes n’ont rien renié de l’enseignement le plus universel du Christ, mais ils l’ont durablement installé en opérant un transfert de légitimité : ce n’est plus Dieu qui fonde l’éthique, mais la raison humaine. « Seul ce transfert pouvait permettre d’échapper à l’arbitraire de l’interprétation théologique », ajoute l’auteur. En outre, on peut remarquer la ressemblance entre la théologie chrétienne et les religions séculières à propos des trois vertus théologales d’amour, de foi et d’espérance. Aujourd’hui, l’amour et la fraternité restent l’idéal recherché, la foi en Dieu est remplacée en la foi en la raison humaine et l’espérance d’un paradis céleste est remplacée par l’espérance d’un paradis terrestre.

Enfin, d’après le philosophe des religions, si la démocratie et les droits de l’homme n’ont pas eu lieu en Chine, en Inde ou dans l’Empire ottoman, c’est parce que l’Occident était chrétien. En ce sens, il nous apprend les origines religieuses des deux mots d’ordre de nos sociétés : la raison et le progrès.

La question des racines chrétiennes de l’Europe

L’auteur est très clair à ce propos : « A strictement parler, les racines de l’Europe ne sont pas chrétiennes. Elles sont grecques, juives, romaines, égyptiennes, mésopotamiennes, perses... Le christianisme est devenu la matrice de l’Europe parce qu’il a lui-même absorbé l’héritage du monde antique. Pour ne pas nier les sources antiques, il serait donc plus approprié de parler de rôle déterminant du christianisme dans la construction de l’identité européenne ».

Ainsi, pour Frédéric Lenoir, c’est un fait et une évidence, quelles que soient nos convictions religieuses, nous sommes tous des héritiers de l’Europe chrétienne. Notre culture est imprégnée du christianisme (notre calendrier est calqué sur la naissance de Jésus-Christ, les fêtes occidentales les plus importantes sont celles du Christ, beaucoup de nos expressions viennent de la bible, l’art occidental est un art chrétien, etc.). Si certain ont tant de mal à admettre cette réalité historique, c’est à cause de l’allergie à l’Eglise catholique et un déplacement de frontière : christianisme = institution qui opprime l’individu. En effet, il faudra attendre 1966, suite au concile Vatican 2, pour que l’Église catholique admette par exemple la liberté religieuse. L’Eglise se remet difficilement en cause. Elle n’a, par exemple, jamais condamnée l’Inquisition comme pratique institutionnelle. Jean-Paul II a été le premier à condamner les membres de l’Eglise qui ont fait ça, mais pas l’Eglise en elle-même.

En somme, on peut retenir que le christianisme n’est pas d’abord une religion, avec des dogmes, des rites et un clergé ; « c’est avant tout une spiritualité personnelle et une éthique transcendante à porté universelle », conclut Frédéric Lenoir.


Confession d'un cardinal

 Olivier Le Gendre,    
Paris, Jean-Claude Lattès, 2007. 
Présentation du livre ;

Olivier Le Gendre, Confession d’un Cardinal, Paris, Jean-Claude Lattès, 2007. 

En prenant connaissance de ce titre, il nous vient à l’idée de nous poser la question, qui est ce cardinal qui se « confesse » ainsi?

Olivier Le Gendre, écrivain,  journaliste français et militant religieux, est un grand connaisseur des milieux chrétiens et il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Église. Dans ce livre, il propose une lecture sous la  forme d’une conversation courtoise avec un cardinal. Une conversation entremêlée d’anecdotes significatives, de révélations et de considérations historiques

Ce cardinal octogénaire, qui fut « ministre » de Jean Paul II, souhaite  « épancher son cœur » et dire tout haut ce qu’il pense tout bas de l’Église actuelle. Il y a un enjeu majeur qui sépare deux grandes tendances de l’Église soit d’une part une restauration des pratiques anciennes à savoir l’Église visible, soit la naissance d’une Église « invisible ».

Ce cardinal ne veut plus entendre parler d’une restauration de ces pratiques anciennes. Cette Église « visible » dite hiérarchique est au bout de course en Occident et bientôt ailleurs dans les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Pour lui, cette nouvelle naissance « invisible » de l’Église fait véritablement résonner l’Évangile, une Église au ras des pâquerettes, présente aux hommes et aux femmes sans souci de doctrine, de structures ou de statistiques. Tout au long de cet ouvrage, le cardinal précise cette mouvance « invisible » de l’Évangile.

Le lecteur prend plaisir à partager le « diagnostic » d’un prêtre de la hiérarchie qui a quitté son ministère au Vatican pour se consacrer aux enfants déshérités du Sud Est asiatique.

Une de ses révélations concerne l’attentat de Jean-Paul II. Il situe cet épisode dans le contexte d’une guerre froide de plus en plus « tendue » avec le Parti soviétique. Le pape voulait apporter dans son pays natal son soutien au syndicat « Solidarité »  ou « Solidarnosc » et bien attendu, Moscou ne voyait pas d’un bon œil cette intervention papale.

Ainsi, à la suite d’une lettre très dure adressée au Secrétaire général Leonid Brejnev lui demandant de ne pas envahir la Pologne, il y eut une conspiration  pour assassiner le pape. Évidemment, le Cardinal savait que, pour des raisons diplomatiques, le Saint-Siège ne pouvait publiquement pointer du doigt  les vrais responsables de l’attentat.

Du point de vue des considérations historiques, l’effet « Humanae Vitae » a été décisif dans la cassure pour un grand nombre de chrétiens. Ces derniers espéraient une évolution au sujet du mariage et de la contraception,  à la suite du Concile Vatican II. Paul VI n’a pas retenu les recommandations des représentants du comité de travail et, pris de scrupules, ne voulut pas faire figure de pape rompant avec l’enseignement reçu, en particulier avec l’encyclique de Pie XI Casti Connubii (1928) .

À l'époque, l'encyclique de Paul VI eut l'effet d'une bombe, car elle déclarait « intrinsèquement déshonnête » toute méthode artificielle de régulation des naissances, réaffirmant ainsi la position traditionnelle de l'Église à l'encontre d'une opinion publique très largement favorable à un assouplissement de la doctrine catholique. Cette prise de position déclencha une profonde crise d'autorité dans l'Église.

Ce dialogue nous présente l’avènement de Ratzinger à la papauté comme un moindre mal. Le Cardinal aurait souhaité plutôt un pape historien et plus porté sur les questions pastorales que sur les discours théologiques. « C’est un homme vraiment de grande valeur, dit-il. Il l’a montré en différentes occasions et il le montrera encore. Mais à mon avis, il négligera sans doute certains domaines à mes yeux essentiels pour se consacrer à d’autres que je juge secondaires. »

C’est au Rwanda, « pays où Dieu aime le soir se reposer », qu’il découvre tout le drame de l’échec de l’évangélisation. Avec le génocide (1994), l’Église découvre  une faillite chrétienne. En effet « quand une religion dite chrétienne, met au centre de son message l’amour de Dieu et du prochain, on est en droit de se demander si des génocides survenant en terre chrétienne ne sont pas le signe que cette religion a échoué dans sa mission ».

Le Cardinal s’y rend en mission à la demande de Jean-Paul II. Il y découvre l’horreur. Et son séjour aux pays des mille collines lui permet de  prendre conscience progressivement que la hiérarchie de l’Église est trop éloignée des enjeux premiers de la foi et du monde.

« Nos critères de réussite relèvent d’une arithmétique secondaire dérisoire. Le taux de pratique dominicale, le nombre d’entrées chaque année dans les séminaires, la quantité de personnes présentes aux dernières JMJ comparées à celles des années précédentes, le nombre de sacrements de mariage célébrés, et celui du baptême, la connaissance de la foi des enfants en fin de catéchèse. »

L’essentiel, il l’a vu chez cette dame nommée Donatienne, sur une des collines de Kigali. Elle a recueilli six enfants abandonnés et probablement orphelins. Elle les avait trouvés affamés, au bord du chemin qui longeait le marais où ils s’étaient cachés. Deux d’entre eux étaient blessés sérieusement. Malgré son désespoir, Donatienne, qui elle même avait perdu ses propres enfants, a pris en charge ces jeunes sans distinction de race, Tutsis autant  qu’Hutus.

L’essentiel est invisible aux yeux, disait Saint-Exupéry. L’essentiel de l’Évangile est là chez cette dame. Il est là, invisible, chaque jour, chez ces personnes qui tentent de mettre un peu d’humanité dans le monde où ils sont nés. Le Cardinal l’exprime avec assurance, car c’est là-dessus que nous serons jugés. La question que tous doivent se poser, chrétiens dans ou hors les murs de l’Église: « Aurons-nous réussi, au nom de notre foi, à mettre un peu plus d’humanité dans un monde qui semble saisir toutes les occasions de se déshumaniser. »

Tout au long de son parcours, le Cardinal nous amènera à découvrir ce qui a manqué dans la mission d’évangélisation. Il se consacre, maintenant qu’il est à sa retraite, aux plus pauvres, aux enfants malades dans un pays (Thaïlande) où tout s’échange et où sévit l’exploitation des enfants, la pédophilie, la prostitution à grande échelle, le tourisme du sexe, etc. Bref, « un monde éclaté dans le sens où il est le lieu de la concurrence effrénée, des conflits, des inégalités, des manipulations, des envahissements ». C’est la jungle!

Où est l’essentiel de l’Évangile dans ce monde?

Le Cardinal accompagnera un jeune malade du VIH dénommé Poo  sans chercher à le convertir. Cet homme d’Église vit maintenant dans un pays où la religion majoritaire est le bouddhisme. Donc, pas question d’évangélisation, mais plutôt une simple présence de la tendresse de Dieu, sans bruit, sans apparat, à la manière d’une « brise légère », comme lorsque Dieu se présente à Élie (1Roi 19,9-13a).

Cette tendresse de Dieu, elle est là dans des gestes semblables, posés dans un monde sans âme et dangereux pour l’humanité. À l’instar des Gandhi, des Mère Térésa, des Jean Vanier de ce monde, « nous ne devons pas nous tromper sur la nature des enjeux qui sont les nôtres».

Nous devons écouter « la brise » et faire vivre l’essentiel du message évangélique.

« L’Église, ce n’est pas le Vatican, les conférences épiscopales, les nonces. Ce sont des parents qui transmettent leur foi à leurs enfants, c’est un prêtre qui ouvre une maison pour les sidéens, bref ce sont des gens croyants, prêtres et laïcs, hommes et femmes de toute condition qui vivent une pratique un peu banale, même si elle peut être profonde, mais aussi des gens qui inventent sans arrêt des manières d’être croyant dans le monde. Bref, l’Église, c’est avant tout un fourmillement d’initiatives et de réalisations, connues ou inconnues. »

À travers cette lecture, nous sommes invités à partager une « confession » déroutante, à nous laisser caresser par cette « brise légère ». Dieu n’est pas toujours où nous pensons. Nous devons purifier notre regard pour discerner sa présence. Cette lecture est donc une invitation à mettre nous aussi, notre histoire sur la table et à y donner le titre « confession » d’un ou d’une… 

N. B. : Le cardinal nous propose de visiter le site suivant :  www.sarepta-org.net. Il s’agit d’un réseau international de chrétiens qui apprennent à se connaître et qui ont en commun plusieurs convictions :

§ La «crise» de l'Église n'est pas due à des causes récentes, objets des querelles stériles entre progressistes et traditionalistes.

§ Le message chrétien sera à nouveau audible si des personnes de foi ont le souci d'incarner, là où elles vivent et au service du monde, la tendresse de Dieu.

§ Une myriade d'initiatives individuelles ou collectives sont menées dans cet état d'esprit.

§ Ces initiatives sont discrètes, vécues dans la prière, l'ouverture aux plus pauvres, le souci de donner à la foi chrétienne une expression aussi proche que possible de l'Évangile.


Chrétiens aujourd'hui ... un engagement contradictoire ?

Un livre écrit par Pierre de Locht, paru aux éditions Luc Pire

Qu'en est-il de l'adhésion chrétienne dans notre société ?   Comment réagit l'Église à la remise en question des institutions, notamment religieuses ?   Où se situe la nouvelle génération de chrétiens ?   Quelle est leur place face à l'indifférence, au conservatisme et à l'athéisme?

Être chrétien aujourd'hui est une question de vécu, fait de respect d'autrui, de tolérance, de vigilance créatrice.   Que comprendre ?  Comment évoluer ?   Comment vivre en chrétien dans un monde qui a tant besoin de l'apport de l'autre, différent et solidaire ?   Vers quelle ouverture sommes-nous entrainés ?   Quelle qu'elle soit, ce sera en collaboration d'égal à égal avec celles et ceux qu'anime un même désir de rendre le monde plus humain.


Jésus avant le Christianisme, 

un livre de A. Nolhan.

"Des milliards d’hommes, à travers les âges, ont vénéré le nom de Jésus. Qui nous dira ceux qui, parmi eux, l’ont réellement compris, ceux qui ont mis en pratique ce qu’il voulait voir se réaliser?
Ses paroles ont été si souvent déformées, déviées de leur sens qu’on a l’impression qu’on peut désormais tout leur faire dire, ou qu’elles n’ont plus rien à dire.
Son nom, tant d’hommes en ont usé, abusé, pour justifier leurs crimes, assurer leur autorité, soutenir leur héroïsme, ou leur folie, qu’on se demande si, ironie suprême, on n’a pas précisément, au nom même de Jésus, ressuscité, prêché, répandu les idées contre lesquelles il s’était, de son temps, le plus violemment opposé."

Auteurs: Nolan, Albert
Titre: Jésus avant le christianisme: l’Evangile de la libération - Albert Nolan - trad. Jean-Marie Dumortier
Date de publication 02/02/1995 ISBN: 2-204-05167-5
Prix: Poche 9.00 EUR
Lieu de Publication : Paris / Editeur: Cerf / Ed. de l’Atelier / Collection : Foi vivante  / Nr. dans la collection : 353
Résumé: A partir d’une base théologique solide, A. Nolan, dominicain en Afrique du Sud, présente une approche de Jésus qui cherche à mettre en lumière comment celui-ci était perçu par ses contemporains juifs, avant le christianisme.. Public motivé

Il n'est plus possible de trouver ce livre, aussi nous l'avons mis sur notre site - Cliquez ici : "Nolhan" 


Jacques Gaillot - Alice Gombault - Pierre de Locht

Un catéchisme au goût de liberté

N'est-ce pas un paradoxe de mettre ensemble catéchisme et liberté  ?  Le catéchisme évoque le dogmatisme, tandis que la liberté fait appel à la responsabilité personnelle. C'est un pari.

Devenu responsable d'un diocèse virtuel, Jacques Gaillot s'est laissé convaincre par des amis de travailler avec Internet. À la nomination romaine correspondait ainsi un média sans frontières. En janvier 1996 s'ouvrit donc le site Partenia et, en 1997, un « catéchisme électronique».

Chaque mois, en sept langues, avec la devise « Nous nous parlons en face », des hommes et des femmes d'horizons divers ont lancé, à partir d'un mot-clef, une réflexion sur des sujets d'actualité concernant aussi bien la société civile que l'Église.

Les textes produits, une fois rassemblés, ont suscité un vif intérêt. S'ils ne peuvent toujours embrasser la globalité d'un sujet, ils sont utiles à une recherche d'intelligence de la foi, elle-même quête inlassable. Ainsi, ils se prononcent sur l'engagement du chrétien aujourd'hui, le racisme, la sexualité, l'euthanasie, mais aussi sur la foi, les fêtes chrétiennes, les sacrements et les Évangiles.

Ce nouveau Catéchisme ne prétend pas être l'énoncé figé de ce qu'il faut croire; il constitue une expression vivante de la foi en perpétuelle mutation, destinée à apporter joie et réconfort aux croyants.

Monseigneur Jacques Gaillot, ancien évêque d'Évreux, est actuellement évêque de Partenia. Il a publié, aux Éditions Ramsay, Coup de gueule contre l'exclusion, l'année de tous les dangers (1994), Parole d'un homme d'Église (1995).

Alice Gombault, titulaire d'une licence en droit, d'une maîtrise en théologie et d'un DEA de Sciences religieuses, a enseigné pendant vingt ans à l'Institut supérieur de pastorale catéchétique à l'Institut catholique de Paris. Elle est rédactrice en chef de la revue "Les Réseaux des parvis. "

Pierre de Locht, prêtre catholique, docteur en théologie, maître de conférences émérite à l'Université catholique de Louvain, a publié de nombreux articles et ouvrages, dont les plus récents: La Foi décantée (1998), Oser être chrétien aujourd'hui (2000), Et si j'étais nommé évêque (2002).


Une foi vivante et évolutive

Docteur en physique, licencié en philosophie et Maître en théologie, le jésuite Gérard Fourez a été l'un des experts consultés par la Commission « Rapports à l'Eglise" du c.i.l.   Dans son livre« Cette foi-ci ", il se dit persuadé que la mission chrétienne n'est pas de prêcher une croyance, une loi ou des dogmes, mais bien de travailler à ce que tous les humains aient la vie et la joie, et qu'ils l'aient en abondance et aussi de les libérer de tout genre d'oppression, leur donner confiance dans l'existence. Il évoque l'impérieuse nécessite d'une évolution de la foi, en particulier dans le domaine de l'éthique : « Les moralistes catholiques et les fidèles responsables n'ont pas attendu que le magistère mette au point ses positions pour réfléchir à la façon dont la morale évolue. Reste qu'il est dommage que la majorité du magistère officiel de l'Eglise ait tant de peine à répercuter les nouvelles approches de l'éthique de la vie affective et sexuelle, plus centrées sur les personnes que sur des comportements à avoir ou ne pas avoir" (Jo Marichal)

"Cette foi-ci"  de G.Fourez, Editions Mols - Autres regards, 2001 – 238 pages.



Liens vers d'autres sites


Un site à consulter sans modération !

http://www.culture-et-foi.com/index.html


http://www.catho.be  Tout sur notre diocèse
http://www.cpm-be.eu  Le site de la préparation au mariage et à sa célébration religieuse.
http://www.marriage-encounter.be La préparation au mariage par "Amour et Engagement"
http://www.taize.fr  La communauté de Taizé en France.
http://ww.prionseneglise.fr Chaque jour le souffle de la Parole de Dieu.
http://www.cil.be  Le site du Conseil Interdiocésain des Laïcs
http://ww.catholiens.org  Base de données religieuses, trouver tous les sites chrétiens
http://perso.wanadoo.fr/leon.paillot/page2.html  Textes de préparation à la liturgie dominicale, et encore beaucoup d'autres choses !
http://perso.wanadoo.fr/leon.paillot/rire.htm Qu'il fait bon rire !
http://www.parvis21.com/index2.htm De très nombreuses rubriques, des questions-réponses etc...
http://www.evangile-et-peinture.org Comme son nom l'indique
http://www.hommesfemmes.com  Site de Paul Dewandre dont vous trouvez certaines conférences sur le site http://www.cpm-be.org 
http://www.entraide.be Entraide et Fraternité / Vivre Ensemble
http://www.paves-reseau.be Des chrétiens dans l'Esprit de Vatican II
http://www.prolib.net/212.passerelles.htm Site qui donne de nombreuses passerelles