Paroisse Libre de Bruxelles

L’eucharistie à la Paroisse Libre de Bruxelles.

Une histoire déjà longue.

Aujourd’hui le Pape François nous dit : « Quand l’Église reste fermée, elle tombe malade, l’Église doit sortir d’elle-même » ! Même si la Paroisse Libre a débuté 40 ans avant la parole du pape François, c’est dans ce sens qu’elle a voulu se diriger.
Suite au Concile Vatican II (1962-1965), au début des années 1970, un petit groupe de prêtres et quelques laïcs, hommes et femmes, qui se sentaient insatisfaits des structures actuelles de l’Église ou se trouvaient marginalisés, se sont réunis et ont pris le risque de créer une forme différente de rassemblement de chrétiens qu’ils ont osé appeler « Paroisse Libre ».
La première rencontre eut lieu à Pâques 1973. On espérait une cinquantaine de personnes, 350 sont venues nous rejoindre. Ce nombre a diminué rapidement : beaucoup étaient venus pour se rendre compte, dont plusieurs prêtres. Quelques-uns sont restés.

Quelques options claires.

      À cette époque, plus d’un parmi nous vivaient une sorte de rejet par rapport à l'institution-Église et chez certains, une sorte d’allergie face à toute forme d’institution. Après une période de tâtonnements et bien des discussions, l’assemblée a jugé nécessaire de se donner une sorte de charte. Elle réaffirmait clairement que la Paroisse Libre était une  communauté d’Église, et rappelait que, dès le départ, on voulait célébrer l’eucharistie lors de chaque rencontre.

      En remettant le Peuple de Dieu avant la hiérarchie, le concile Vatican II avait amorcé un tournant capital. Face au cléricalisme encore dominant, il fallait que l’ensemble des baptisé(e)s retrouvent toute la place qui était la leur. D’où l’accent mis sur la pleine égalité des membres, qu’ils soient femmes ou hommes, laïques, prêtres ou religieux.

      Ce choix entraînait aussi une volonté de fonctionnement démocratique : toutes les décisions importantes seraient prises en assemblée. À la Paroisse Libre, c’est donc l’Assemblée générale qui exerce la fonction de direction, elle qui décide de son orientation, de ses choix et des moyens pour les réaliser. Quelques temps forts y pourvoient. Des Assemblées périodiques font le point et prennent les décisions qui s’imposent. En particulier le temps fort de l’Assemblée annuelle où nous nous retrouvons une journée entière : invitation d’un(e) intervenant(e) qui nous aide à réfléchir, comptes annuels, élection à bulletin secret d’un groupe de coordination qui assure la gestion quotidienne et, bien entendu, célébration..

      Enfin, le groupe se proposait de ne pas rester enfermé dans les formes officielles. Il fallait oser inventer, tout en restant fidèles à l’essentiel. En pratique, cette volonté de créativité n’a pas empêché qu’on se donne quelques coutumes (voir ce qui vient d’être dit de nos Assemblées), mais des évaluations nous ont renvoyés périodiquement à l’« esprit des origines » : attention à la routine 

Nos célébrations : une lente évolution.

      Pendant les premières années, les célébrations se sont faites autour d’un thème, au libre choix des petites équipes de deux ou trois volontaires qui les préparaient. Par exemple : la guérison, ou le partage, ou « évangile et politique »… En fonction du thème, ils choisissaient le style d’ensemble, y compris les textes bibliques. Cette façon de faire ne favorisait pas la participation de tous: il était difficile que tous et toutes se sentent chaque fois concernés. De plus, avec le temps on s’est rendu compte que c’était toujours les mêmes volontaires qui s’engageaient à préparer les célébrations et que certains ne s’y risquaient jamais, ne jouant alors qu’un rôle de « consommateurs ».

      Au début, c’était toujours un prêtre du groupe qui gérait la partie centrale de l’eucharistie. Beaucoup restaient marqués par une idée très sacralisée du prêtre. Le prêtre, c’est quelqu’un qui a reçu un « pouvoir sacré », centré sur les « paroles de la consécration ». Longtemps, d’ailleurs, lorsque nous nous retrouvions pour les fêtes de Noël et de Pâques, pendant lesquelles la communauté s’élargit à des « membres sympathisants », nous faisions très attention à ce qu’il y ait au moins un prêtre dans l’assemblée

      Le fait que les prêtres du groupe se soient systématiquement tenus en retrait et aient évité de prendre une position de leader a rendu possible une lente sortie des mentalités cléricales. Une autre étape a joué un rôle dans cette évolution : pendant plusieurs années, le rappel de l’institution de l’eucharistie, au centre de la « grande prière », a été dit sous forme d’un « chœur parlé » récité par toute l’assemblée, en utilisant un des récits de la Dernière Cène contenus dans les évangiles ou dans la 1e Lettre aux Corinthiens. Liturgiquement parlant, c’était une pratique peu satisfaisante : un récit ne prend pas naturellement la forme d’un chœur parlé. Elle a pourtant permis d’ôter aux paroles de Jésus sur le partage du pain et du vin leur caractère quasi-magique.

      Restait la difficulté de rendre possible la participation de tous. C’est alors qu’une des membres a proposé de s’inspirer de la pratique d’une autre communauté bruxelloise : répartir l’ensemble des membres réguliers de la Paroisse Libre en équipes qui se chargeraient à tour de rôle de la préparation et de l’animation des célébrations. L’Assemblée, qui décide de tout changement important, a adopté la proposition et c’est ainsi que nous fonctionnons depuis plusieurs années.

      Mais cette façon de faire entraînait un changement sensible quant à la règle qui réservait la présidence de l’eucharistie à l’évêque ou à un prêtre: Pour que la décision soit prise sans faire de problème particulier, il a fallu un événement imprévu. Un Jeudi Saint, nous avons vécu toute la célébration sans réaliser qu’il n’y avait pas de prêtre dans l’assemblée ! S’en est suivie une réflexion importante sur le prêtre, son rôle, sa spécificité. Cela a été aussi l’occasion d’une réflexion de fond sur le caractère central de l’eucharistie, « Table de la Parole et du Pain », dans notre vie de croyants. Le résultat a pris la forme d’un cahier de 45 pages intitulé «L’eucharistie à la Paroisse Libre. Théologie et célébration. Un instrument pour la réflexion et l’évaluation » (avril 2010). Depuis lors, nos réunions ont fonctionné qu’il y ait ou non un prêtre parmi nous.

      Actuellement, la communauté est répartie en quatre groupes de six personnes environ, qui prennent en charge alternativement la préparation et l’animation de l'eucharistie. Dans ces petites équipes, personne n'a un rôle de leader attitré. Les tâches y sont réparties d’un commun accord, y compris le choix – ou la composition – de la grande prière eucharistique avec son action de grâces, le rappel de la dernière Cène, l’invocation à l’Esprit. Nous veillons à favoriser l’implication active de chacun et chacune par un certain « tour de rôle ».

      Au fil des années, nous avons senti le besoin d’un contact moins ponctuel avec tel ou tel texte biblique. Avec le temps, nous avons mieux perçu l’intérêt des « lectures continues », où on ne sélectionne pas ce qui nous convient. Depuis quelques années, nous faisons donc une lecture suivie d’un Évangile ou d’un autre texte du Nouveau Testament. Depuis lors, nous avons lu l’évangile de Marc, celui de Jean, ensuite les Actes des apôtres. Actuellement, nous lisons l’évangile de Luc.

La pratique actuelle.

      Nous nous réunissons les deuxièmes et quatrièmes dimanches du mois, de 18h à 20h. Rue Maurice Lietaert 31 à 1150 Bruxelles.  Nous célébrons aussi Noël et les trois jours de la Semaine Sainte. Les assemblées de Noël et de Pâques sont suivies d’un repas.

      Un mot d’accueil introduit la célébration, des moments musicaux rythment le déroulement et invitent au silence intérieur et à la prière. Le partage de la Parole est un moment clé de la célébration. Nous faisons deux lectures, l’une tirée du Nouveau Testament et l’autre du Premier Testament, parfois d’un autre texte en accord avec celui du NT. Suite à la lecture des textes, une question est posée à l’assemblée, question en lien avec les textes lus et orientant la réflexion vers ce qu’ils pourraient apporter à nos vies. Un long temps d’échange en petits groupes (trois bons quarts d’heure) permet à chacun et à chacune de s’exprimer. Un bref écho des groupes dans l’assemblée clôt le partage de la Parole. Le plus souvent, une prière d’intentions nous permet de partager les peines et aussi les joies du monde qui nous entoure.

      Le partage du Pain et du Vin suit naturellement. En faisant mémoire du repas de Jésus avec ses disciples avant sa mort, nous suivons l’ordre du récit : après le moment de bénédiction et les paroles de Jésus à propos du pain, nous le rompons et le partageons ; puis après avoir évoqué ses paroles sur la coupe, nous la partageons entre nous. Suit la prière, parlée ou chantée, du Notre Père. Après d’éventuelles communications pratiques ou des nouvelles qui n’auraient pas déjà été mentionnées, nous concluons par une parole d’envoi.

Un petit bilan provisoire.

Après plus de quarante ans d’existence de la Paroisse Libre, comment évaluons-nous ce que nous y vivons ? Le trait le plus marquant est sans doute les liens qui se sont approfondis entre les membres. Ils se traduisent par l’attention mutuelle, le souci des absents et des malades, le respect de chacun dans son cheminement de vie et sa découverte de la Bonne Nouvelle. D’où chacun(e) se sent libre d’affirmer sa foi et son éthique personnelle, y compris ses tâtonnements, sans crainte du jugement des autres. Ce regard et cette attitude bienveillante encouragent et suscitent la participation active de tous. Un trait caractéristique : le souci de changer la répartition des rôles dans les groupes préparatoires de nos célébrations.
Nous osons croire que la Parole écoutée et partagée fait de la Paroisse Libre, pour les uns et les autres, une terre fertile où peut se nourrir et s’enrichir notre foi, notre intériorité, notre prière. Elle nous renvoie à la quête de sens présente en toute vie humaine et à l’attention solidaire aux plus fragilisés dans notre quotidien.

Des choix mûrement réfléchis.

Dès le départ, nous l’avons dit, les fondateurs de la Paroisse Libre avaient une vue claire de certaines urgences dans notre Église. Par ailleurs, la vie de la Paroisse Libre est centrée sur les rencontres qui, toutes, comportent la célébration de l’eucharistie. Sur ce point aussi, le concile avait ouvert la porte : une « liturgie d’après le concile » s’était mise en place, mais la distance restait grande entre elle et les attentes de beaucoup de croyants. D’où l’option de la Paroisse Libre pour la créativité.
Cette option supposait que la Paroisse Libre prenne des libertés par rapport à la pratique officielle. Nous étions bien conscients qu’il s’agissait de transgressions des règles communes, mais elles ont été longuement pesées et réfléchies. Nous ne reprenons ici que les motifs qui les justifient à nos yeux.
Tout d’abord, nous sommes convaincus que la recherche d’une vie de communauté plus nourrissante pour la foi suppose qu’on expérimente de nouvelles pratiques, avec ce que cela entraîne comme essais et erreurs.
Pour être juste, une telle démarche suppose que soient respectés certains critères : - Nos choix doivent être motivés par un souci de plus grande fidélité à l’Évangile : le but n’est pas d’innover pour innover. - Nous devons veiller à ne pas nous couper des autres communautés de la « grande Église »; même si nous ne demandons pas la bénédiction des autorités. - Pour éviter le piège d’une certaine anarchie et le risque de prises de pouvoir, aucune décision n’est laissée à l’arbitraire d’un membre ou d’un sous-groupe « animateur », mais débattue et prise en assemblée.
Dans le cas de l’eucharistie, il est essentiel que tous les croyants qui se réunissent pour faire mémoire de Jésus-Christ célèbrent tous ensemble. Il nous a fallu sortir du modèle clérical dans lequel l’essentiel de la célébration était porté par le prêtre. C’est au terme d’une lente évolution que l’assemblée a confié le déroulement de chaque célébration à quatre équipes où sont répartis tous les membres réguliers de la communauté.
Nous sommes loin de proposer notre pratique comme un modèle universalisable. Des grandes assemblées de croyants sont parfois pleines de sens et se prêtent moins à la spontanéité. Ce qui rend celle-ci possible et souhaitable à nos yeux, c’est que nous célébrons dans un lieu semi-privé et que la communauté reste, comme on dit, à « taille humaine », où tous les membres peuvent se connaître.
Ce qui nous confirme dans nos choix, c’est que nous ne sommes pas isolés. De plus en plus, un peu partout, des petites communautés suivent des chemins analogues. Des théologiens, des exégètes, nous aident à voir que nos audaces n’ont rien d’aberrant mais rejoignent des pratiques anciennes. Enfin, si nous pouvons les vivre paisiblement, c’est en faisant confiance à la sagesse et au « sens de l’Évangile » de ceux et celles qui nous suivront. Ils verront bien ce qui, dans nos essais plus ou moins tâtonnants, mérite d’être sauvegardé.
Paul, Suzanne, Philo, Jean Meyer et Yvonne - fév.2015

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